Of Men and War – Laurent Bécue-Renard

of men and war affiche

Of Men and War de Laurent Bécue-Renard

Documentaire en sélection officielle à Cannes
Sortie en salle le 22 octobre

Comment vous dire ? Comment vous encourager à aller voir un documentaire psychologiquement éreintant ? Comment vous dire que chacun d’entre nous devrait se confronter à ces images pour comprendre l’étendue des désastres que peut provoquer une guerre ?

Pendant deux heures et demie, le spectateur quitte son fauteuil pour un centre thérapeutique pour vétérans en Californie, The Pathway Home. La réalité des images, la réalité des paroles empêchent un quelconque recul par rapport à la situation. On prend de plein fouet les émotions de douze soldats revenus d’Irak ou d’Afghanistan ; leur colère, leur honte, leurs peurs, leur désespoir, leur malaise… tout vient se nicher au creux de notre poitrine de manière oppressante. Les plans rapprochés sur les visages en larme, crispés de rage ou tremblant de convulsions interdisent tout échappatoire.

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Parfois, en pleine séance de thérapie de groupe, l’un des vétérans sort en claquant la porte ou vomit après s’être rappelé un souvenir particulièrement douloureux. On aimerait alors aussi s’échapper, sortir de la salle, faire sortir de notre tête les images de scène de bataille, d’accidents, de jeunes irakiens tués, de corps décomposés mis dans des sacs à cadavre ; des images qui jamais n’apparaissent à l’écran mais que les récits des guerriers atteints du Syndrôme de Stress Post-Traumatique (PTSD) suffisent à graver dans nos mémoires. C’est l’estomac retourné qu’on découvre la violence d’un champ de bataille, la violence débridée mais non acceptée des soldats au sein même de leur base militaire. Et c’est le visage plein de larmes qu’on assiste aux scènes entre les vétérans et leur famille, leurs parents, leur femmes, leurs enfants ; c’est le cœur lourd qu’on les voit lutter entre la paranoïa de voir leurs proches disparaître et la brutalité de leurs paroles et de leurs gestes envers ces mêmes proches.

Émotionnellement, le documentaire est difficilement tenable même si le montage ménage le spectateur en faisant parler les vétérans autre part que dans une salle de thérapie, sur fond de paysages naturels qui permettent à tous de mieux respirer et d’appréhender la suite. L’alternance entre les scènes poignantes d’intensité dans le centre du Pathway Home et celles plus émouvantes dans l’environnement privé des soldats permet d’aller jusqu’au bout du générique mais n’empêchera pas le malaise de passer une fois sorti du cinéma.

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La plus belle des réussites du réalisateur est de montrer l’humanité du combat de ces guerriers en apparence blindés et préparés aux horreurs qu’ils vont commettre ou dont ils vont être les victimes, un combat dont le but est de vaincre la machine de guerre qui hante leur esprit. Mais ce n’est qu’au prix de souffrances innommables qu’on arrive à entrevoir un espoir pour ces soldats ; un espoir pour que les conséquences irréparables d’une guerre sur chacun de ses participants, une fois connues, fassent réfléchir à deux fois avant d’entreprendre une nouvelle guerre.

Mathilde Dumazet

Compléments :

Le 1er volet de la trilogie (« Une généalogie de la colère »), De guerre lasses (2003 ; sur le traumatisme des femmes en Bosnie suite à la guerre), sera projeté au Forum des Images le 29 octobre à 21h, dans le cadre du cycle du FDI « Quelle connerie la guerre ».

Le Ciné-Club organisera une projection/conférence exceptionnelle le 19 novembre au Cinéma du Panthéon à 20h. En présence du réalisateur, de Jean-Michel Frodon (critique et prof à Sciences Po), de Tobie Nathan (Professeur des Universités en Psychologie) et d’Adrien Genoudet (Doctorant en Histoire Visuelle, EHESS).

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