Obscure danse de nuit

dansedenuitcborisbrusseydm28854light

Boris Charmatz a présenté sa dernière création ces dernières semaines dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville, avec le Festival d’Automne. Après « manger » – qui ne nous avait pas vraiment convaincu il y a deux ans – cette Danse de nuit fut une fois de plus conçue à partir d’une idée intéressante : prendre possession de l’espace public, s’emparer de la parole et faire de son environnement une projection de liberté.

Le soir de la représentation dans la cour carrée du Louvre, le spectacle commence sans prévenir. D’un coup, plusieurs projecteurs mobiles portés par des techniciens s’allument, et les quelques protagonistes se mettent à danser. Très inspiré par les attentats contre Charlie Hebdo, Charmatz a sélectionné plusieurs textes que les danseurs déclament en se mouvant continuellement. Les termes de liberté, de « tête » – au sens d’espace mental – reviennent souvent, les spectateurs déambulent au rythme des mouvements des artistes. On pourrait distinguer l’envie d’une prise de possession de l’espace public ; malheureusement, le concept est caduque, le public est guidé, et on ne se sent pas vraiment pris à parti par le dispositif. Certains spectateurs sont même manipulés, poussés par les danseurs – et la gêne palpable de gens parfois portés, touchés ou même tirés dans une dynamique de violence étonnante met mal à l’aise. S’installe le sentiment qu’en voulant être proche de son public, Charmatz s’en éloigne finalement.

dansedenuitcborisbrusseydm28854light

Comme pour sa dernière création, le point de départ est intéressant. Prendre possession de l’espace public, le voir comme un nombre infini de potentialités, de libertés. Un espace public ouvert comme possibilité de faire et de dire. La réflexion aurait pu être passionnante, seulement, une fois de plus, la pratique crée un blocage. De textes sur Charlie Hebdo, on en vient à débiter des phrase improbables sur des scènes sexuelles entre célébrités  – on peine à comprendre d’où cela vient – inutile de dire qu’à un certain point, on décroche de ce qui est dit. D’autant plus dommage qu’ici les mots semblent être aussi importants que les gestes. Quand à la chorégraphie, on peine à s’y retrouver, elle ne touche pas vraiment ou alors un peu trop – pourquoi tant d’insistance dans un contact qui gêne plus le public qu’autre chose ? On ressort de cette Danse de nuit avec un sentiment d’étrange incompréhension, le sentiment d’avoir vu un ensemble incohérent de gestes et de mots, et d’être passé à côté de quelque chose. Peut-être cela viendra-t-il plus tard…

Bertrand Brie

Crédits photo: Boris Brussey

Leave a Reply