Nowhere de Gregg Araki, « Berverly Hills 90210 sous acides »

Dernier volet de la trilogie Teenage Apocalypse (composée de deux autres films aux titres éloquents : Totally f****d up et The doomed generation), le film suit une bande de jeunes accros au sexe et à la drogue, dans un Los Angeles futuriste et pré-apocalyptique.

Bien qu’ils passent la plupart de leur temps à copuler, les étudiants suivent en effet des cours de « Catastrophes thermonucléaires » et d’ « Histoire des épidémies fatales » et se font enlever par des extra-terrestres (enfin, des mecs avec un costume de Godzilla). On retrouve donc l’univers déjanté du réalisateur, entre le film érotique, le thriller et la science-fiction : un joyeux bordel souvent déroutant.

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Je me souviens de ma première fois avec Araki. C’était au cinéma, pour Kaboom. La séance terminée, à mesure que les lumières se rallumaient, on voyait peu à peu se dessiner sur les visages de spectateurs des expressions perplexes ; un vague malaise, aussi, d’avoir dépensé « deux heures et une place de ciné pour ce porno pour boutonneux ». Avec Nowhere, c’eût été peu ou prou la même chose (sauf que vous pouvez le regarder gratos sur Youtube, petits veinards !). Attendezvous à des scènes de boule ad nauseam, de l’hémoglobine et un scénario totalement décousu et improbable, digne des pires séries B. On trouve même Chiara Mastroianni dans le rôle d’une prostituée SM (courez-y !!).

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Le réalisateur reprend en exagérant à l’extrême tous les codes des séries à sensations pour adolescents. Il manie également avec ironie les clichés de la pop-culture des années 90, dans tout ce qu’elle a de plus grotesque et de capillairement intéressant. En plus des aliens et des merveilleuses lunettes de votre enfance (http://www.optique-sergent.com/lunettes-de-soleil/ripcurl/VSI709-90.jpg), on aperçoit par exemple la fameuse canette de soupe à la tomate, objet contondant dont le contenu se mêle au sang lors d’une scène de folie meurtrière (coucou la métaphore sur la société de consommation). A mesure que le film avance, on est en effet embarqué dans un trip hallucinatoire de plus en plus glauque, au rythme syncopé des musiques des Chemical Brothers et Marilyn Manson. Mais sous ses airs de grand n’importe quoi, Nowhere peint surtout le portait d’une jeunesse paumée. Persuadé qu’il va connaître la fin du monde, le héros cherche désespérément des repères sous la forme d’une relation amoureuse stable et idéalisée, en contraste avec l’ambiance d’orgie générale. Le film est par ailleurs ponctué de messages plus ou moins illuminés tels que « repent now » tagué sur un arrêt d’autobus, « god help me » sur un panneau publicitaire, sans oublier les émissions télévangélistes, lesquelles, loin d’apporter plus de réponses à cette vaine quête de sens, poussent les personnages au suicide. Tous ont d’ailleurs des noms aussi ridicules qu’éloquents tels que Dark ou Lucifer, et sont enfermés dans leur narcissisme et leur angoisse perpétuelle, cherchant une échappatoire dans la drogue et autres délires morbides.

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Outre le fait d’être une vaste blague, Nowhere constitue la fresque bigarrée inquiétante d’un monde à bout de souffle, incarné par une jeunesse qui ne croit plus en rien. Le film a beau se dérouler dans un futur dystopique et indéterminé, les éléments contemporains qui viennent s’y mêler nous rappellent constamment notre réalité, qui apparaît alors sous ses aspects les plus absurdes. On ne passe finalement pas si difficilement de « nulle part » à « ici et maintenant ».

Eva Eskinazi

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