Le nouvel accrochage du Centre Pompidou : une visite indispensable

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Le Centre Pompidou nous présente avec Une histoire. Art, architecture, design, des années 1980 à nos jours le nouvel accrochage de ses collections contemporaines du 2 juillet 2014 au 7 mars 2016. Plus de 400 œuvres de 200 artistes et designers internationaux sont regroupées au sein de cette exposition qui offre un parcours thématique autour du rôle de l’artiste dans la société post-moderne. Elle retrace une histoire politique des créations artistiques depuis 1989 et dévoile les bouleversements de l’art contemporain face à la mondialisation. Les pièces exposées sont autant diverses que spectaculaires : peintures, sculptures, installations, vidéos, films, dessins, photographies, maquettes d’architecture. Indispensable pour comprendre l’art aujourd’hui, Une histoire est une de ces expositions qui marque des générations.

Les plus :

  • Le regroupement thématique des œuvres qui met en exergue l’artiste face aux grandes évolutions politiques, économiques et culturelles de la société des trente dernières années : l’artiste comme historien, archiviste, producteur, documentariste, narrateur et l’artiste auteur de fictions.
  • D’autres salles toutes en sons et lumières sont dédiées à des grands thèmes de l’art, de l’architecture et du design contemporain, avec la présence d’œuvres inédites.
  • Quelques pièces monumentales qui sont bien mises en valeur dans l’espace scénographique de l’exposition.
  • La richesse des œuvres et leur diversité géographique.

Les moins :

  • Une exposition gigantesque qui mérite plusieurs visites pour avoir le temps d’en apprécier l’ensemble.
  • Des salles parfois cachées et un cheminement un peu aléatoire entre elles.
  • Quelques précisions sur certaines œuvres auraient été bienvenues dans les petits textes explicatifs.

Note : 4, 5 artichauts sur 5

Tony Oursler, 9/11, 2001 Betacam numérique, PAL, couleur, son, durée 57’51’’ Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais

Tony Oursler, 9/11, 2001 Betacam numérique, PAL, couleur, son, durée 57’51’’ Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais

Tony Oursler, 9/11, 2001
Betacam numérique, PAL, couleur, son, durée 57’51’’
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais

 

Une histoire politique de l’art

Bien plus qu’une exposition sur l’évolution formelle et technique de l’art des trente dernières années, ce nouvel accrochage offre avant tout une histoire politique de l’artiste et sa création. 1989, point de départ de l’exposition, est une date clé pour comprendre les mutations de l’art contemporain : le mur de Berlin tombe, révélant une multitude d’artistes venus des pays d’Europe de l’Est ; les manifestations de la place Tian’anmen projettent l’art asiatique sur la scène mondiale. Quelques années plus tard, le souffle mondial est coupé par la violence des attentats terroristes du 11 septembre (ci-dessus une capture d’écran du film de Tony Oursler qui montre cette brutalité). Les œuvres montrent alors comment l’artiste a réagi à ces crises politiques : de manière contestataire parfois, mais aussi par le désir d’archive et de mémoire de ces évènements ; d’autres encore visent une représentation au plus proche du réel par un projet documentaire. La pluralité des points de vue fait de cette exposition une des plus complètes pour comprendre la place de l’artiste dans la société et le sens qu’il peut donner à une œuvre.

Certaines images ne sont pas tendres. Le parcours que vous allez suivre au sein de cette exposition est en effet assez chaotique. Héritière des considérations sur la vacuité de la condition de l’homme moderne, la période post-moderne malmène l’homme et ses représentations. Une certaine folie humaine se dégage de certaines réalisations singulières, et celles-ci posent réellement des questions d’identité propres à notre temps.

Une histoire politique de l’art donc, qui se lit à travers les œuvres en présence. Elle permet à la fois un regard rétrospectif mais aide aussi profondément à comprendre l’art contemporain auquel nous nous confrontons aujourd’hui.

Thomas Hirschhorn, Outgrowth, 2005 Installation murale : 131 globes terrestres posés sur 7 étagères fixées au mur, avec coupures de presse,  Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian  © Adagp, Paris

Thomas Hirschhorn, Outgrowth, 2005
Installation murale : 131 globes terrestres posés sur 7 étagères fixées au mur, avec coupures de presse,
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
© Adagp, Paris

L’art mondialisé

La première œuvre que vous verrez en entrant au 4ème étage du centre Pompidou est l’impressionnant Open Wall de Pascale Marthine Tayou (2010, 360 x 1200 cm), composé de plusieurs panneaux avec inscrit « ouvert » en toutes les langues, en néons bleus, rouges et verts. Cette œuvre annonce bien la couleur : l’art est désormais ouvert au monde. La commissaire de l’exposition Christine Macel a veillé à regrouper des œuvres de tous les pays pour montrer explicitement la mondialisation du marché de l’art. Celui-ci connaît des évolutions majeures avec l’ouverture des marchés nationaux, l’augmentation des expositions internationales d’art contemporain (notamment les nombreuses biennales) et les nouvelles habitudes de consommation culturelle.

La diversité des œuvres et des maquettes est impressionnante : du point de vue occidental que nous avons, c’est l’ouverture massive de l’art asiatique, mais aussi de l’art africain et moyen-oriental. Le thème de la globalisation est au cœur de ce nouvel accrochage comme vous le suggère l’imposante installation murale de Thomas Hirschhorn ci-dessus, faite de 131 globes terrestres agglutinés sur des étagères.

La mondialisation de l’art pose évidemment des questions d’identité culturelle. Certaines œuvres nous renvoient à des cultures locales, à des problématiques de particularisme ; tandis que d’autres témoignent d’une certaine convergence artistique entre des pays totalement différents. La surprenante série de photographies de Zhang Huan intitulée Family Tree est un exemple de provocation géniale de ces questions d’appartenance culturelle (ci-dessous).

Zhang Huan, Family Tree, 2000 Polyptyque, 9 épreuves chromogènes, 396 x 318 cm, chaque épreuve : 132 x 106cm Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian © Zhang Huan

Zhang Huan, Family Tree, 2000
Polyptyque, 9 épreuves chromogènes, 396 x 318 cm, chaque épreuve : 132 x 106cm
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
© Zhang Huan

Idée originale et pertinente, sur les panneaux explicatifs sont rappelés pour chaque thème une exposition marquante. Cela nous permet de suivre une partie de l’histoire de l’art des trente dernières années sans pour autant en avoir un déroulement chronologique (qui serait trop linéaire et vite ennuyeux). 1989 est ainsi également l’année d’une exposition mémorable sur l’internationalisation de l’art contemporain : celle les Magiciens de la terre1. Une histoire fait clairement écho à cette exposition qui reste une référence dans l’ouverture de l’art occidental au monde, car elle révise l’histoire de l’art jusque-là contrôlée par le contexte colonial. Ces deux expositions se veulent dans la même ligne historique de dialogue artistique interculturel, pour notre plus grand plaisir.

L’évolution de l’art contemporain et de ses médiums au cœur de l’exposition

Finalement, cette exposition apporte à la fois un regard complet sur l’art face aux problématiques politiques, économiques et culturelles des trente dernières années, mais elle se savoure – aussi et surtout – pour ses pièces maîtresses de l’art contemporain exposées. La technologie est à l’honneur : les nouvelles techniques d’images et les nouveaux médiums de l’art contemporain (télévisions, constructions) sont omniprésents, tout autant que les nouveaux objets épurés post-minimalistes de design et d’architecture. L’exposition est en elle même un jeu de lumière permanent avec l’éclairage des œuvres massives, les lumières qui se reflètent dans les objets de design, et les flashs qui attirent votre œil vers les écrans de télévision. La dimension de l’artiste concepteur y est très incarnée, ne serait-ce que par la tendance contemporaine à concevoir ces œuvres monumentales, comme celle que vous verrez en plein couloir de l’exposition – le suspens reste entier ! -, et parfois éphémères. Le son et l’image sont aussi très présents : des bruits émanent des postes de télévisions, des images psychédéliques d’une jeune asiatique dansante se mêlent aux bruits d’explosion de guerre. Parfois absurde mais tellement prodigieux, laissez vous porter entre les différentes salles et leurs ambiances. Emerveillement et enseignement garanti.

 Marie Simon

David Trubridge, Lampes Sola et Icarus Wing Sola : Prototype, diamètre: 130 cm Icarus Wing : Polycarbonate poli à la main, rivets aluminium et ruban de leds, 60 x 280 x 80 cm Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris Vue de la Lampe Prototype Sola et des deux Luminaires prototypes Icarus Wings. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian ©  David Trubridge

David Trubridge, Lampes Sola et Icarus Wing
Sola : Prototype, diamètre: 130 cm
Icarus Wing : Polycarbonate poli à la main, rivets aluminium et ruban de leds, 60 x 280 x 80 cm
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris
Vue de la Lampe Prototype Sola et des deux Luminaires prototypes Icarus Wings.
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
© David Trubridge

(1) Les Magiciens du Terre est exposition qui s’est tenue au Centre Pompidou et à la Grande halle de la Villette, du 18 mai au 14 août 1989. Le commissaire d’exposition Jean Hubert Martin avait, pour la première fois en France, exposé des œuvres contemporaines « non occidentales ».

Une histoire. Art, architecture, design des années 1980 à nos jours, du 2 juillet 2014 – 7 mars 2016

De 11h00 à 21h00 au niveau 4 du Centre Pompidou

13€, TR 10€

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