Neuf petites adultes

Avec ses Neuf petites filles. Stanislas Nordey transforme les Abbesses en grande cour de récréation jusqu’au 30 novembre. Comptines mystérieuses et embarrassantes qui cachent des vérités d’adultes, une forme d’interface entre « ma chérie » et « sale traînée » ; ces enfants déclament la cruauté comme un signal d’alarme.

Les plus :
– Un texte intéressant, inhabituel, très enfantin
– Une scénographie inventive, entre cour d’école et tribune publique
– La mise en scène met parfaitement le texte en perspective

Les moins :
– Le format est très contemporain, le texte déclamé, cela lasse à certains moments

Note : 3,75 sur 5

Brigitte Enguerand
Brigitte Enguerand

Sur scène, les petites filles se racontent des histoires dans la cour d’école, entre faits réels et récits fantasmés. Seulement vêtues d’une petite robe blanche souillée de sang, elles déclament au public leurs comptines. Il y a dans ces petites tout ce qui transpire du monde adulte et traverse leur esprit, n’y ressortant qu’altéré par un prisme enfantin.

A travers chaque petite histoire transparaît ce que nous voyons nous-mêmes, mais dans leur propre monde, où elles sont seules et réinventent et rejouent les événements à loisir. La « grosse » est raillée, insultée, frappée. Ses camarades veulent la saigner saignent, lui disant que cela ne peut qu’être bon pour son poids. Une jeune et jolie femme sort dans la rue, espérant y faire des rencontres, et s’y fait violer. Nordey retranscris jusqu’aux antagonismes qui traversent notre société sur ce genre de sujets, les faisant répéter à la fois les insultes et les soutiens – « le salaud », « ma chérie » – et en même temps les reproches – « tu l’as bien mérité », « vieille traînée », « sale chienne » -. Et passe également par l’alcoolisme et le suicide.

Brigitte Enguerand
Brigitte Enguerand

Tous ces sujets sont évoqués d’une manière si innocente par le texte, que l’on pourrait croire qu’il ne s’agit pas de ça, jusqu’à la fin, où tout nous est dévoilé. Les mots sont crus, mais le texte prend des allures innocentes qui laissent entrevoir des vérités bien cruelles. Entre cour d’école et agora, la scène est un espace de déclamation pour ces neuf petites filles qui s’inscrivent dans la plus pure tradition de la distanciation brechtienne. Empêchant le spectateur de s’identifier à elles, elles poussent à la réflexion par une parole presque mécanique. Si le système est bien trouvé, il ne peut parfois empêcher une certaine lassitude, mais reprend rapidement de la vigueur.

Bertrand Brie
Au Théâtre de la Ville – Théâtre des Abbesses jusqu’au 30 novembre

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