« Monsieur Grey va vous recevoir »

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Fifty Shades of Grey de Sam Taylor-Johnson
2 / 5 Artichauts

Vous avez attendu frénétiquement de pouvoir « lâcher prise » en compagnie de Christian et Ana ? Vous avez dévoré la trilogie tellement de fois que vous vous souvenez que le champagne qu’ils boivent pour la remise de diplôme de la demoiselle, c’est du Bollinger 2003 ? Heureusement pour vous, et pour votre Saint-Valentin, l’adaptation cinématographique est enfin sortie, pour votre plus grand plaisir – ou pas.

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Avant toute chose, il faut féliciter la réalisatrice, Sam Taylor-Johnson, qui arrive à montrer malgré l’horreur qu’est le scénario – on y reviendra plus tard – qu’elle a un vrai talent, un style, un coup d’œil. Presque tous les plans de ce film sont une pure merveille, tant par les décors que la mise en scène impeccable. L’esthétique générale est léchée, particulièrement soignée, comme si on voulait nous faire entrer plus directement dans l’univers de Christian Grey. Les gros plans ponctuent Fifty Shades, ils révèlent l’état d’esprit des personnages ou leur degré d’excitation quand il s’agit de scènes érotiques. Celles-ci, puisque c’est bien le sujet de ce film après tout, ont été filmées et montées avec suffisamment d’intelligence pour qu’en ressorte une certaine beauté, plus excitante que gênante – mais on ne va pas se mentir, regarder Jamie Dornan fesser Dakota Johnson en compagnie d’une dizaine d’autres personnes, c’était quand même un peu dérangeant. Elles ne sont pas omniprésentes, comme dans le livre et elles paraissent presque avoir du sens à l’intérieur de l’intrigue. On peut aussi saluer les performances de Johnson et Dornan, qui sans être inoubliables, incarnent les personnages principaux avec suffisamment d’aplomb pour qu’on accepte d’y croire, le temps du film, et d’oublier qu’en réalité ils se détestent. Si l’alchimie entre eux est parfois…discrète, si Christian fronce un peu trop les sourcils et qu’Ana semble toujours sur le point de laisser échapper un gloussement, leur jeu d’acteur n’est pas désagréable. Les personnages secondaires sont inexistants – mais ce n’est pas comme si on s’intéressait vraiment à la sœur de Cricri ou à la colocataire d’Ana, n’est-ce pas ?

La musique de Danny Elfman, enfin, est électrisante. Mêlant reprises sensuelles de vieux succès et rythmes électros lancinants, elle donne de l’ampleur au moindre geste, à un soupir quelconque. On frissonne beaucoup. L’univers sonore de ce film est incroyable. Tout est juste, tout arrive au bon moment.

On en vient presque à se demander pourquoi Fifty Shades est mauvais. Oui, parce qu’il faut se le dire, ce film est mauvais. Il suffisait d’entendre les gloussements dans la salle lors des séquences « émouvantes » pour le comprendre. Malheureusement, ce n’est pas la faute des acteurs ou de la réalisatrice.  Il faut le reconnaître, le matériau de base n’est pas à la hauteur et on ne fait pas un bon film avec un livre médiocre tant sur le plan scénaristique que stylistique. Il semble d’ailleurs que Sam Taylor-Johnson en avait conscience, au vue des coupes assez conséquentes effectuées et des modifications apportées au caractère d’Anastasia, qui devient un peu plus cynique, un peu plus vive, un peu moins docile en passant sur grand écran. E.L James, pourtant, paraît avoir été très présente, d’une part parce qu’on trouve récit des disputes entre la réalisatrice et elle dans tous les journaux, mais surtout aux vues des dialogues navrants et de certaines scènes particulièrement dérangeantes.

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En effet, Fifty Shades pourra mettre certains mal à l’aise parce que l’on se rend bien compte qu’il y a un soucis, que la relation qu’on nous raconte ne fonctionne pas, ou alors pas sur des bases saines. Alors on peste dans son fauteuil, on s’agace devant les aventures de la godiche et du prédateur et on rêve de les secouer l’un comme l’autre, histoire qu’ils reprennent leurs esprits, qu’ils se sortent de ce cercle vicieux. Surtout, on regrette que ce ne soit pas une histoire originale, parce qu’on se dit rapidement que cette réalisatrice qui semble si talentueuse aurait certainement fait un meilleur travail et nous aurait épargné tout ce qui est agaçant et problématique dans cette production.

En définitive, Fifty Shades est un joli navet, le genre qu’on regarde un dimanche soir sans trop le vouloir. Ne foncez pas le voir en salle, vous aurez toujours mieux à faire. Cependant, si un jour on vous force à le regarder, ne râlez pas trop non plus. Dites-vous que vous auriez pu regarder Twilight à la place – il paraît qu’il n’y a même pas de sexe dedans.

Cécile Lavier

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