Mommy : du sang, de la sueur et des larmes

Copyright Films Séville

Phénomène sur la croisette, acclamé par la presse et le public lors des avant-premières, Mommy arrive dans les salles obscures le 8 octobre, et vous n’avez pas fini d’en entendre parler. Xavier Dolan nous mange à toutes les sauces; le mélange est savant mais toujours savoureux. Alors, sortez vos mouchoirs, et en avant Guinguamp.

Les + :
– Un jeu d’acteur exceptionnel, et une distribution homogène
– Un sujet surprenant, et prenant
– Une bande originale qui se fond parfaitement dans le film
– Une esthétique travaillée

Les – :
– Une interview de fin d’avant-première formatée et un peu fade

Verdict potager: 4,5 artichauts sur 5

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Me voilà dans la salle pour l’avant-première de Mommy, ce deux octobre dernier. Noir. Le contexte est immédiatement posé. Apparaît à l’écran un descriptif d’une loi fictionnelle, intitulée loi S-14, qui autoriserait les parents d’enfants dotés de troubles psychologiques ou psychiatriques, à laisser ces derniers aux soins d’un hôpital public.

Diane, veuve depuis plusieurs années, vient récupérer son fils Steve, renvoyé de l’institution dans laquelle il est placé, coupable d’avoir déclenché un incendie qui aurait blessé un autre patient. S’organise alors une nouvelle vie pour les deux protagonistes, qui nourrissent une relation fusionnelle, presque obsessionnelle. Mais Steve est ultra-violent, et ne parvient à se purger de ses désirs destructeurs qu’avec l’intervention de leur voisine mutique. Kyla crée alors une espèce de vie à trois où elle est le catalyseur, mais qui l’aide également à évacuer ses propres démons.

Filmé dans un format 1:1, le film se concentre sur ses protagonistes, et le suit sans relâche. Il réussit à capter chaque émotion, chaque expression, et s’élargit lors des quelques moments de liberté totale, où le temps fuit et les personnages oublient où ils sont, grisés par l’instant.

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Mommy nous raconte l’histoire d’une relation filiale passionnelle, destructrice.
Les insultes fusent à tout instant, comme des marques d’affection, des émotions incarnées dans le verbe. Mais lorsque Steve explose, la parole s’infléchit et devient douce pour tenter de contenir la violence. Die n’arrive pas à l’endiguer, et seule Kyla réussit à calmer Steve en le battant à son propre jeu. Mais la vie à trois ne pourra pas durer éternellement, et malgré les efforts et le travail quotidien, les erreurs de Steve le suivent et accablent sa mère, qui peine à trouver une issue.

C’est à partir de cette relation que Xavier Dolan nous pose une question élémentaire: jusqu’où sommes-nous prêts à aller par amour ?
Si la violence physique émaille le film, il y a aussi la violence de cette situation où une mère est confrontée à une impasse alors même que son fils fait face aux pires difficultés à s’adapter. C’est lors d’une superbe séquence onirique, où Die rêve de la vie qu’elle n’aura jamais, au fil de plans flous et fugaces, que l’on comprend le déchirement d’une mère de ne pouvoir aider son enfant à mener l’existence qu’il pourrait avoir, et de ne pouvoir se sentir mère jusqu’au bout.

Bertrand Brie


La bande-son de la séquence sur la vie rêvée de Die

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