Mode d’emploi : Inherent Vice

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Si par une nuit calme sur la plage, ton ex-nana débarque de nulle part avec une histoire sur son mec, un nanab de l’immobilier, et sa femme, et son mec, et un complot pour envoyer le nanab chez les fous, faut peut-être passer son chemin

Première règle : ne surtout pas essayer de COMPRENDRE l’histoire. Le scénariste, qui, comme le reste de l’équipe, a dû absorber une quantité assez impressionnante de stupéfiants, s’est amusé à multiplier tout au long du film le nombre de protagonistes. Résultat : même doué d’une mémoire impressionnante et d’une concentration légendaire, tu seras perdu. Mais rien de très grave.

Deuxième règle : profiter de la musique. Pendant 2h30 (temps nécessaire au déroulement de la très longue et très compliquée intrigue), tu peux écouter du très bon son, exclusivement seventies, et commencer ainsi ta longue descente dans le Los Angeles des années 70.

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Troisième règle : ouvrir grand les yeux. Les images sont belles, “authentiques”. Les acteurs sont bon, déjantés. Il suffit de te vider la tête, et admirer ce continuel défilé de mode hippie (pour ce qui est des costumes, Inherent Vice fait honneur aux années 70).

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Dernière règle (optionnel) : pour réaliser pleinement ce trip cinématographique dans le temps, il peut être recommandé de suivre les personnages dans leur consommation de stupéfiants.

BON FILM !

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Laure Barbé

Inherent Vice de Paul Thomas Anderson: Los Angeles parano
4,5 / 5 Artichauts

« Heu Vous avez raté les trois premières minutes. Je ne vous cache pas que c’est un film compliqué… des gens nous ont dit qu’ils n’avaient absolument rien compris. »
« Chouette, me suis-je dit, comme dans Mulholland Drive! ». Et j’ai descendu les escaliers du Mk2 en sautillant.

Bon, il est évident que malgré le décor californien du film, je n’en attendais pas autant. A vrai dire, je ne m’attendais à rien de particulier, et ce doit être pour cela que j’ai été agréablement surprise par les deux heures et demies qui ont suivi. Le trailer annonçait vaguement un sous Las-Vegas Parano, les chauves-souris en moins.
Mais si Paul Thomas Anderson n’arrive pas à égaler les nombreuses références dont il s’inspire, souvent à coup de gros clins d’œil appuyés, vous passerez tout de même un bon moment devant Inherent Vice.

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L’intrigue se situe sur une plage fictive de Los Angeles, à la croisée de deux époques. À mesure que le cynisme des seventies gagne du terrain, le souffle des années 60 se fait de plus ténu et, chez les hippies sur le retour, les douces volutes de paix et d’amour qui s’échappaient des pétards laissent place à l’arrière-goût pâteux de la parano.
Un cadre qui rappelle encore le film de Gillam, tout comme la chemise tropicale façon Docteur Duke qu’arbore le personnage principal, le détective Doc Sportello.
Ce dernier passe son temps sur sa plage à regarder son âge d’or se coucher, le cône à la bouche, lorsqu’il reçoit la visite de son ex copine. Celle-ci lui demande de l’aide pour empêcher la femme de son mec, un magnat de l’immobilier, et son amant (donc l’amant de la femme de son mec) d’envoyer le mec dans un asile de fous pour faire main basse sur sa fortune.
À partir de là, le scénario se transforme rapidement en un énorme nœud où la réalité s’entremêle avec les délires complotistes du personnage; nœud qu’il vaudra mieux trancher en vous fendant la poire.

Mais malgré ce scénario difficile à suivre, des blagues visuelles parfois un peu lourdes, sans parler des rôles féminins malmenés, le film réussit à faire bonne impression.
On sort de la salle avec le sourire et l’impression d’avoir passé deux heures et demie dans un rêve peuplé de jonques mystérieuses, de cabinets dentaires clandestins d’asiles de fous version Ordre du temple solaire cautionnés par le FBI.
Le film est également servi par une galerie de personnages décalés, comme le flic moitié Reagan, moitié Schwarzeneger campé pas Josh Brolin.

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L’esthétique du film incarne elle aussi le fossé de plus en plus grand entre un monde cynique, hostile, et la douce utopie multicolore des hippies. Mais malgré les fleurs et les lumières colorées, c’est la nuit et le ciel gris qui prennent le dessus.
Paul Thomas Anderson puise également dans l’esthétique des films noirs, dont il use des codes avec humour. Imaginez un type avec une chemise tropicale et un joint à la bouche, mais qui prendrait des poses d’enquêteur ténébreux dans une ruelle sordide.
Ces allez retours constants entre l’imaginaire et celui des films noirs donnent parfois naissance à des images fades et pas toujours convaincantes.
Il en est de même pour la musique originale aux airs hollywoodiens un peu tièdes, qui est heureusement compensée par un très bon choix de titres des années 60 et 70, comme l’éclatant « Les fleurs » de Minnie Riperton.

Eva Eskinazi

https://www.youtube.com/watch?v=npclX84jwFs

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