Mockumentary of a contemporary saviour, immobilité crépusculaire

Wim Vandekeybus était de retour à Paris avec sa création Mockumentary of a contemporary saviour le temps de quelques représentations au 104 en partenariat avec l’IRCAM et le Centre Pompidou. Dans une atmosphère futuriste, un groupe de survivants élus aux personnalités détonantes se retrouve dans un environnement confiné aux allures de capsule spatiale.

Le festival ManiFeste 2017 de l’Ircam a commencé en grande pompe avec la nouvelle création du célèbre chorégraphe flamand Wim Vandekeybus. Artiste hors-norme, protéiforme, il s’attaque aussi bien au cinéma ou au théâtre qu’à la danse. Son film Blush, sélectionné à l’Acid du Festival de Cannes avait à l’époque fait grand bruit, et ses créations largement théâtralisées sortent toujours des sentiers battus et viennent étonner les spectateurs. Dans ce faux-documentaire (mockumentary), on assiste à la création d’une communauté hétéroclite dans un temps qui prend des airs de fin du monde. Ces femmes et ces hommes tous sauvés par un messie en appelle à lui sans vraiment comprendre pourquoi ils ont été sauvés. Comme le dit Wim Vandekeybus, c’est souvent dans la détresse que survient la figure messianique, et dans cet espace censé être calme et coupé des troubles du monde, on assiste pourtant à une espèce de déchirement permanent.

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Tous rongés par le doute, par des événements qui les suivent – comme Jason Quarles qui semble convaincu qu’on l’accuse d’avoir tué quelqu’un et qui semble ne pas s’en remettre, ou comme ce géant italien qui tue une danseuse taïwanaise comme un éternel recommencement – cette équipe de bras cassés ne parvient pas à se défaire de ses pulsions, de ses démons, de ses préjugés. Alors que la figure tutélaire de l’enfant-messie semble donner une cohérence au groupe, ce n’est que lorsque celui-ci finit par mourir qu’ils semblent trouver la paix dans une sorte d’acceptation de leur humanité défectueuse, de leurs aspérités qui font d’eux des êtres profondément imparfaits. C’est justement dans le dépassement de ces malédictions bien humaines qu’ils semblent trouver un apaisement dans leur communauté. Si le spectacle de Wim Vandekeybus se perd parfois dans la parole, on ne peut qu’apprécier la création sonore magistrale des chercheurs de l’Ircam, et l’univers décalé filé tout au long de ce mockumentary, composé de quelques scènes dansés d’une indéniable beauté – avec pour acmé ce duo entre Yun Liu et Flavio d’Andrea, aussi grand et physiquement impressionnant qu’elle est petite, qui semblent se jouer de leurs particularité physique pour quelques instants teintés d’une sublime tendresse.

Bertrand Brie

In spite of wishing and wanting de Wim Vandekeybus à La Villette à partir du 28 juin

Crédits photo: Danny Willems

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