Minuit et demi, geste poétique

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Après un grand succès pour son spectacle Celui qui tombe, passé au Théâtre de la Ville il y a deux ans, Yoann Bourgeois investit cette fois-ci l’Espace Pierre Cardin, nouveau camp de base du Théâtre de la Ville, avec une œuvre déambulatoire divisée en trois parcours. Ce Minuit et demi se pose en geste poétique brut d’une indéniable beauté.

Deux parcours qui permettent de partager le public en groupes réduits, deux plus petites formes, et la dernière qui réunit l’intégralité des spectateurs dans la salle de l’Espace Pierre Cardin. C’est ce qui est proposé dans ce Minuit et demi qui dure un peu plus d’une heure. Nous avons eu la chance de commencer notre parcours par le jardin avec un court spectacle d’une sublime lenteur. Vingt minutes durant, le public voit un homme se tourner et se retourner dans un tube rempli d’eau, et, à côté, une femme se jouant de l’équilibre et virevoltant à l’aide d’un mécanisme rattaché à un poids. Le temps de profiter d’un moment hors du monde, et de se laisser porter par ces pérégrinations immobiles, on se laisse surprendre par la beauté du geste.

Crédit: Patrick Denis

Crédit: Patrick Denis

Le deuxième parcours, plus en tension, nous laisse à voir deux interprètes autour d’une plaque en équilibre plus que précaire, luttant pour aller récupérer deux chaises posées de part et d’autre du carré afin de s’asseoir autour de la table sans que l’ensemble de la structure ne s’écroule. Une fois de plus, une proposition toute en lenteur, mais absolument captivante. Le cœur du public bat au rythme de celui des artistes tout au long de ce moment d’une intensité et d’un humour fous.

L’ensemble s’achève enfin dans la grande salle de l’Espace Pierre Cardin, dans laquelle est posée un gigantesque escalier sur lequel défilent quatre grands bruns barbus qui semblent taillés à l’identique, se dérobant au fil des portes cachées, des trappes et des trous, et se laissant chuter sur un grand trampoline pour mieux remonter. A l’image de tout Minuit et demi, la proposition se pose encore comme une pépite de poésie taillée à même le corps, qui nous propose de nous émerveiller, non pas devant l’action en tant que telle, mais devant des hommes en tension qui semblent accepter de ne pas contrôler leur environnement, restant seulement maîtres de leur corps. On se laisse porter durant cette heure comme devant un horizon qui laisse rêveur, comme saisi par un poème vivant tout en douceur.

Bertrand Brie

Crédit photo de tête: Geraldine Aresteanu

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