« MEXIQUE 1900-1950 : Diego Rivera, Frida Kahlo, José Clemente Orozco et les avant-gardes » au Grand Palais

Francisco Díaz de León (1897-1975)
Indiennes un jour de marché
1922
Huile sur toile
Collection Andrés Blaisten
© Colección Blaisten

Jusqu’au 23 janvier, le Grand Palais propose un panorama inédit de l’art mexicain de la première partie du XXème siècle. Regorgeant de couleurs, d’énergie, et présentant des supports esthétiques divers, l’exposition vaut le détour.

 

Une fois passée la porte monumentale Georges Clémenceau, c’est un monde à part qui nous happe alors que nous nous immergeons dans la culture mexicaine pour une heure ou deux. Loin de l’agitation parisienne, on découvre au fil des salles l’histoire d’un Mexique dont l’art mérite amplement sa mise en lumière dans l’un des plus grands musées de la capitale.

 

Tout commence à la fin du XIXème : la période académique pose les jalons de l’univers pictural latino-américain. La première salle s’attache ainsi à décrire les antécédents de la révolution mexicaine, dont l’esthétique, entre art nouveau et réalisme, constitue le point de départ d’un art riche en émotions. On remarquera la fabuleuse Veillée funèbre de José Maria Jara. Mais ce sont surtout les cubistes qui s’approprient le style parisien et le réinterprètent en rentrant au Mexique lorsque la révolution éclate.

Diego Rivera (1886-1957) Paysage zapatiste (recto) 1915 Huile sur toile México, INBA, Museo Nacional de Arte Patrimoine culturel, 1982 © INBA / Museo Nacional de Arte © 2016 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F / Adagp, Paris

Diego Rivera (1886-1957), Paysage zapatiste (recto), 1915
Huile sur toile
México, INBA, Museo Nacional de Arte
Patrimoine culturel, 1982
© INBA / Museo Nacional de Arte
© 2016 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F / Adagp, Paris

 

L’exposition relie ingénieusement l’esthétique mexicaine aux évolutions historiques tumultueuses du pays, responsables de la construction d’une identité visuelle politisée. Ainsi, dès la seconde salle, nous sommes plongés dans la révolution : portraits, allégories, formes et couleurs violentes mettent en évidence une « mexicanité » exacerbée, ferment du nationalisme. Le choix de dédier une salle à chacun des « tres grandes », Siqueiros, Orozco et Rivera, se révèle très judicieux pour les comparer. On prend ainsi conscience non seulement de leurs styles respectifs, mais aussi du rapport qu’ils établissent entre expression artistique et politique. En effet, alors qu’en France l’avant-garde semble encore réservée à une élite, le muralisme mexicain vise à faire de l’art un véritable support idéologique de masse. Par la suite, on nous présente un Mexique plus pittoresque, fait de visages, de fruits, de fête : l’esthétique onirique contraste avec la violence des révolutionnaires.

Vue de l’exposition (5) scénographie Atelier Jodar Architecture © Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais

Vue de l’exposition (5)
scénographie Atelier Jodar Architecture
© Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais

L’exposition a fait le choix de dédier une salle entière aux femmes mexicaines qui, étonnamment en avance sur leurs consœurs européennes, se démarquent de par leur excessivité, leur caractère : mécènes ou artistes, elles symbolisent un protoféminisme qui va de pair avec la révolution mexicaine. Ainsi la liberté sexuelle de Nahui Olin ou encore les tableaux déchirants de Frida Kahlo nous offrent un magnifique pêle-mêle de l’identité féminine au Mexique à l’époque. Pour nous y introduire, des extraits de films nous plongent dans une vision contrastée de la femme, entre soumission et impertinence. On retirera surtout de cette partie de l’exposition le magnifique tableau de Frida Kahlo, Les deux Fridas, qui malheureusement manque d’explications sur la vie passionnante de l’artiste et la portée symbolique à la limite du surréalisme de son œuvre.

Frida Kahlo (1907-1954) Les deux Frida 1939 Huile sur toile, 173 x 173 cm México, INBA, Collection Museo de Arte Moderno © INBA, Museo de Arte Moderno © 2016 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico,, D.F. / Adagp, Paris

Frida Kahlo (1907-1954), Les deux Frida, 1939
Huile sur toile, 173 x 173 cm
México, INBA, Collection Museo de Arte Moderno
© INBA, Museo de Arte Moderno © 2016 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico,, D.F. / Adagp, Paris

Enfin, les dernières salles sont consacrées aux prolongements de l’ère révolutionnaire dans l’art. Du stridentisme, proche du futurisme italien, au surréalisme, les œuvres tant graphiques que filmiques permettent de dresser un panorama des racines de l’art contemporain mexicain. On s’étonne surtout des différences que présente le mouvement surréaliste centre-américain d’avec son frère européen, beaucoup plus conceptuel : ici, il s’agit d’expérimenter des techniques picturales qui restent beaucoup plus accessibles à un public profane. Hormis quelques belles découvertes, les dernières salles restent malheureusement trop peu explicitées d’un point de vue conceptuel et leur contenu peut paraître incohérent pour certains. L’intelligibilité de l’exposition souffre de cet effet « patchwork ». Néanmoins, on retire de l’exposition une grande expressivité et un engagement profond des artistes qui transparaît dans l’art mexicain, aussi coloré et doux que violent et sombre.

Tina Modotti (1896-1942) Guitare, cartouchière et faucille illustration de l’annonce pour la chanteuse communiste concha lichel, publiée dans el machete, no 168, 1 Épreuve gélatino-argentique México, INBA, Museo Nacional de Arte Donation de la famille Maples Arce, 2015 1er juin 1929 © Francisco Kochen

Tina Modotti (1896-1942), Guitare, cartouchière et faucille, illustration de l’annonce pour la chanteuse communiste Concha Lichel, publiée dans El machete, no 168, 1
Épreuve gélatino-argentique
México, INBA, Museo Nacional de Arte
Donation de la famille Maples Arce, 2015
1er juin 1929
© Francisco Kochen

 

Les + : de très belles découvertes sont à souligner tant en termes de peinture, de fresque, que de sculpture ou de photographie. En mélangeant les média et en abordant un thème trop peu connu du public français, l’exposition se démarque de celles que nous avons l’habitude de voir à Paris et permet de retracer l’histoire du Mexique avec un point de vue esthétique exhaustif.

 

Les – : le faible intérêt des touches d’art contemporain mexicain intégrées au parcours de l’exposition, probablement à cause d’une scénographie inaboutie. Enfin, on regrette le manque d’éléments biographiques, notamment en ce qui concerne le couple iconique Rivera – Kahlo, dont par ailleurs les plus belles œuvres manquent malheureusement à l’appel. Pour y remédier, le Grand Palais vous propose le visionnage du film très touchant Frida avec Salma Hayek et du documentaire Chez Frida Kahlo. Tout est à retrouver sur le site du Grand Palais RMN, cf le lien ci-dessous.

 

 

Site internet : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/mexique-1900-1950

Horaires : Tous les jours de 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h. Fermé le mardi.

Tarifs : 13€, 9€ tarif réduit.

 

Crédits image à la une : Francisco Díaz de León (1897-1975), Indiennes un jour de marché, 1922, Huile sur toile. Collection Andrés Blaisten, © Colección Blaisten.

 

Louise Cordier

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