Mes délices industrielles : Le syndrome Nutella

Comme ça on voit de quoi on parle.

 

ll existe deux types d’individus : ceux qui aiment le Nutella et ceux qui n’aiment pas le Nutella. Deux camps irréconciliables, deux visions du monde opposées, deux philosophies de vie contraires… Et dans ce monde bipolaire, j’ai choisi mon parti. Je prends illico celui du coupable délice industriel. Celui du grand pot en verre suintant de chocolat à la noisette, mâtiné de produits chimiques et d’huile de palme. Celui du Nutella !

Mais pourquoi est-ce si bon ? Impossible à dire… Est-ce le simple mot de « Nutella » qui suffit à tout emporter ? Est-ce le fait d’un ingrédient caché ? Je n’en sais rien… Il y a quelque chose de particulier, d’unique avec le Nutella. C’est un lien qui nous unit tous, un produit que tout le monde connaît, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, quasiment un langage universel, le calumet de la paix moderne.

 

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Je ne l’associe quant à moi qu’à de bons souvenirs : les crêpes, les gaufres, les goûters, les anniversaires… des moments un peu exceptionnels, attendus et savourés. Le Nutella a chez moi une légitimité traditionnelle. Et toutes les imitations n’y pourront rien ! Le Nutella est indétrônable dans ma hiérarchie alimentaire !

J’ai bien tenté pourtant de le remplacer. Dans la veine du « mois sans tabac », j’ai fait mon « mois sans Nutella » et j’ai chassé — ingrat que je suis ! — le Nutella du placard. J’ai donné à un ami les restes du gros pot entamé quelques semaines auparavant et je me suis même débarrassé de mon petit pot secours que je garde jalousement dans ma table de nuit.

Puis, comble de l’ingratitude et de la trahison, je l’ai troqué contre un ersatz trois fois plus cher. Lui qui avait toujours été là dans les moments difficiles, lui qui me redonnait le sourire rien qu’en plongeant ma cuillère dans sa robe épaisse dont elle ressortait dégoulinante de gourmandise, je l’ai plaqué comme un malpropre. Ah, sa remplaçante était belle, fine, une vraie pin up du genre : la pâte à tartiner artisanale aux noisettes bio de Cervione, emballage imitation « fait maison » absolument craquant, étiquette bardée de labels écolos, le must du must, m’avait-on dit !

C’est vrai, elle était très bonne, elle était même délicieuse et sûrement de qualité nettement supérieure au Nutella. Mais elle ne valait pas mon bon vieux pot de Nutella… Elle n’en avait pas la prestance, la charge mystique. Peut-être est-ce le petit goût d’huile de palme qui fait la différence ? qui joue le rôle d’addictif, à l’image de la nicotine ? Toujours est-il, fi des idéaux patriotiques, écologiques et sanitaires, le premier du mois suivant, j’allais par conséquent retrouver mes premières amours, j’allais, comme Winnie l’Ourson toujours attiré par le pot de miel, racheter, dans l’antre du capitalisme, le symbole suprême de ceux-ci, le pot de Nutella.


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Et le Nutella n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière lui, c’est une multitude de produits que j’avoue aimer « à l’industriel ». Le pain de mie sans croûte Harry’s n’est-il pas une formidable invention ? Quel pain de mie de boulanger peut prétendre le surpasser en moelleux et en douceur ? Ne parlons même pas donc du pain de mie Harry’s surmonté d’une couche de Nutella…

Et que dire des Apéricubes, honteusement cachés au fond de la boîte à fromage ? Ceux-là même dont on raffole mais que l’on écarte fermement de tout apéro chic ! Contraints d’avaler une endive amère garnie d’une vague préparation à base de noix écrasées, les convives souffrent en silence alors que de délicieux Apéricubes attendent au réfrigérateur.

À cette liste, s’ajouteront en fonction du goût de chacun : les saucissons Cochonou, les bonbons Haribo, les petits pois Cassegrain, les surimis Coraya… tous ces produits qui sont nos coupables délices industrielles, nos honteux plaisirs de supermarché. S’il fallait, je n’en garderai toutefois qu’un, quant à moi : le Nutella !

 

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Côme Agostini

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