Une matinée au Musée de l’Homme : saison d’automne 2016

Crédits : Anne de Vandière, Mali appartient à la tribu des Karo, Exposition au Musée de l'Homme.

Pour célébrer le premier anniversaire de sa réouverture au public, le Musée de l’Homme a donné le coup d’envoi d’une saison ouverte plus que jamais aux cultures autochtones du monde, dont l’éclectisme revendiqué se matérialise en une programmation aussi riche que protéiforme. Après avoir accueilli près d’un demi-million de visiteurs l’année dernière, le musée invite son public à présent à découvrir un aperçu des sculptures organiques de l’artiste invité Frans Krajcberg ainsi qu’une exposition d’Anne de Vandière, photographe voyageuse dont les pérégrinations ont donné lieu à des rencontres imagées et puissantes.

Ce parcours a fait l’objet d’une matinée-découverte suivie d’une cérémonie pendant laquelle Mundiya Kepanga, chef papou venu de l’île du Pacifique pour l’occasion, remettait au Musée une parure traditionnelle, gage éloquent du dialogue interculturel prôné par l’institution. L’Artichaut a bien entendu répondu présent.

Crédits : Anne de Vandière, les Newar au Népal sont potiers de génération en génération, exposition Musée de l'Homme.

Crédits : Anne de Vandière, les Newar au Népal sont potiers de génération en génération, exposition Musée de l’Homme.

Frans Krajcberg : Pas de sculpture sans nature

Le Musée a décidé d’honorer tout au long de l’année Frans Krajcberg, artiste transfrontalier s’il en est : né en Pologne en 1921 au sein d’une famille juive, il a fui l’occupation nazie pour s’engager dans l’Armée rouge, avant de s’installer à Paris et de devenir l’assistant de Marc Chagall. A 27 ans, Krajcberg décide de quitter la Ville-Lumière pour le Brésil, qui deviendra sa terre d’adoption et dont la nature éclatante deviendra sa plus grande source d’inspiration. Dès le début du parcours, son Totem au soleil (1991), fabriqué avec des boules de palétuviers, surprend par sa structure alourdie et le contraste fluide qui le lie à « l’ombre » en relief dessinant une arche à même le mur. Ce jeu presque palpable de volumes, entre légèreté et lourdeur, poli et brut ou encore enracinement et déracinement, distingue les sculptures de Krajcberg de celles d’un Penone, et cristallise un cheminement artistique propre sur la porosité intrigante entre l’oeuvre de l’homme et celle de Mère Nature.

Boules de Palétuviers, Série des ombres portées - Frans Krajcberg, 1991 ©MNHN - JC Domenech

Boules de Palétuviers, Série des ombres portées – Frans Krajcberg, 1991 ©MNHN – JC Domenech

Ce travail s’appuie sur une utilisation consciencieuse des résidus organiques qu’il trouve dans la forêt environnante à proximité de son atelier à Nova Viçosa (au sud de l’Etat de Bahia), à l’image de ces arbres d’Amazonie brûlés lors d’incendies volontaires, qu’il récupère et auxquels il donne une « deuxième vie culturelle », selon Claude Mollard, ami de Krajcberg et commissaire de l’exposition. Révolte III (1994), un tronc d’arbre calciné dont le rouge a été peint par l’artiste à base d’oxyde naturel de manganèse, en est la preuve. L’écorce meurtrie a été sculptée dans un savant contraste de reliefs, et la base même de l’oeuvre, semblable à une feuille, relativise à nouveau notre perception de la matière naturelle. La petite dizaine de sculptures parsemées dans tout le musée est issue de l’Espace Krajcberg, le seul musée dans la capitale consacré à un artiste encore vivant. Et bien vivant, même : à 96 ans, Krajcberg est plus que jamais actif dans sa lutte pour la défense de l’environnement, ce qui le pousse à publier avec Mollard son Manifeste du Naturalisme intégral en 2013, qui somme les artistes du monde entier à adopter une éthique de création aux prises avec les enjeux actuels qui menacent la planète. Et comme si cela ne suffisait pas, depuis les années 80 le sculpteur délaisse souvent ses ciseaux à bois pour l’objectif – quelques séries de ses photographies, dont Queimadas (« brûlées » en portugais), sa dénonciation des destructions par le feu de la forêt du Mato Grosso pour le défrichement et l’élevage, achèvent de croquer le portrait d’une sensibilité particulière, pour laquelle art et engagement sont bien plus proches qu’on le pense.

Les Lianes Blanches, Série des Ombres Portées - Frans Krajcberg, 1991 - Contreplaqué et pigments naturels - Espace Krajcberg

Les Lianes Blanches, Série des Ombres Portées – Frans Krajcberg, 1991 – Contreplaqué et pigments naturels – Espace Krajcberg

Frans Krajcberg, un artiste en résistance, du 12 octobre 2016 au 18 septembre 2017 au Musée de l’Homme,

17 place du Trocadéro (XVIème arrondissement).

Tarif : Entrée libre.

 

 

Anne de Vandière

Crédits : Anne de Vandière, Guerrier Massai et chef de village en Tanzanie, exposition au Musée de l'Homme

Crédits : Anne de Vandière, Guerrier Massai et chef de village en Tanzanie, exposition au Musée de l’Homme

Après une carrière dans la mode, Anne de Vandière s’est convertie à la photographie à plein temps. Le goût de l’aventure la soif du voyage ont fait germer en elle l’idée première de son installation photographique au Musée de l’Homme, dont la main humaine est le sujet central. Au fil de 300 photographies, de carnets de voyage, de vidéos, mais aussi de 80 récits de vie émanant de 47 communautés autochtones éparpillées aux quatre coins de la planète, le visiteur a le sentiment de faire la rencontre de chacun des individus qui ont éveillé la curiosité de Vandière. La petite salle en fin de parcours, où s’étendent sur les murs et sous nos pieds les portraits de chaque sujet accompagnés des photographies expressives de leurs mains et de courts textes soigneusement choisis, nous offre l’expérience d’un face-à-face avec l’humanité même, dans toute sa beauté, ses tragédies, sa poésie et sa simplicité. L’histoire du fabricant de pirogues quechua des bords du lac Titicaca, du chef Masai des plaines tasmaniennes, de l’artisan vannier laotien, résonnent en nous comme le spectre commun d’une existence traversée par des coutumes pérennes et un contact symbiotique entre l’homme et son milieu naturel, dans lequel l’usage de la main, outil à la fois pratique et créatif, suffit pour survivre et faire face à un monde chancelant.

Crédits : Anne de Vandière, Mali appartient à la tribu des Karo, Exposition au Musée de l'Homme.

Crédits : Anne de Vandière, Mali appartient à la tribu des Karo, Exposition au Musée de l’Homme.

Installation photographique Tribu/s du Monde d’Anne de Vandière. Du 12 octobre 2016 au 2 janvier 2017.

Tarif : Entrée libre.

 

Espace Frans Krajcberg, 21 Avenue du Maine (XVème arrondissement).

 

Adrian de Banville

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