Mathieu Amalric à la Cinémathèque française

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Retrospective Mathieu Amalric jusqu’au 15 octobre 2015 à la Cinémathèque française

Cette année, la programmation de la Cinémathèque est particulièrement alléchante : Martin Scorsese et Gus van Sant pour les deux expositions (chacun viendra d’ailleurs à cette occasion), un ensemble de rétrospectives ambitieuses, de rencontres et d’animations qui font la richesse du lieu. Le 9 septembre, j’ai assisté à l’ouverture d’une des premières rétrospectives de l’année : celle consacrée à Mathieu Amalric.1 Comme le disait Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque présent ce soir là pour ouvrir cet événement, le mot « rétrospective » est en réalité utilisé un peu par défaut. On ne peut pas parler d’ « hommage », qui donne l’impression que la personne mise à l’honneur est en fin de parcours … Parler de « rétrospective » fait référence à la même idée. Ce n’est en aucun cas applicable à Mathieu Amalric qui, avec déjà près de 70 films à son actif, a encore le temps de nous surprendre. Difficile, donc, de savoir quel terme choisir pour parler simplement de l’envie d’inviter un artiste dont on admire le travail, à un moment donné de son parcours, au sein d’une institution dont la plus grande mission est la conservation et la redécouverte de vieux films et d’œuvres achevées. Ici, comme concernant les deux expositions principales d’ailleurs, l’ambition est par conséquent davantage de mettre à l’honneur un artiste français très actif, au parcours original et ambitieux, et aux talents multiples.

A été choisi, donc, celui qui dit être devenu acteur « par accident », en tournant dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) (1996) d’Arnaud Desplechin. Son rêve était de réaliser des films. Il trouvera, grâce à ce détour par le jeu, une voie pour y arriver. C’est en effet autant l’acteur que le réalisateur que la Cinémathèque met en valeur durant ces presque deux mois. Durant cette soirée du 9 septembre, après que son parcours nous ait été exposé, Mathieu Amalric monte sur la scène et, tout gêné, nous explique que c’est en amenant son fils un jour à la Cinémathèque l’an dernier qu’on lui a proposé cet événement. Il nous assure humblement qu’il pense encore maintenant que c’est une erreur, que quelqu’un a du se désister et que comme il était là, en train de faire faire du manège à son fils avant de l’emmener voir un film, on s’est dit qu’il pourrait faire l’affaire. Un personnage très humble qui enchaine en nous parlant des horaires d’ouverture du bar de la Cinémathèque. Il déplore le fait qu’il ne soit pas ouvert de jour comme de nuit, ce qui permettrait un dialogue et une circulation permanents, un espace de vie toujours actif. Il plaisante en disant que par conséquent, son rôle pendant toute la rétrospective sera d’animer le bar. Il finit en remerciant sa famille et ses amis d’être venus l’entourer. Il est humble et poétique.

3La soirée continue avec la projection du film Un homme, un vrai des frères Larrieu avec lesquels Mathieu Amalric a travaillé plusieurs fois. Il y campe un personnage en quête, qui au cours du film, composé de trois parties, se présente sous trois facettes différentes. Au début, il est un jeune employé rêveur tombant amoureux d’une de ses collègues. 5 ans plus tard, il est un père de famille occupé, négligé par cette même collègue devenue sa femme, et qui finit par prendre la fuite avec les enfants. 5 après, il est un guide de montagne barbu que sa femme finit par retrouver. Et pendant tout le film, un homme désireux d’écrire un film. C’est un film qui met en scène des personnages se perdant, se retrouvant sans cesse les uns les autres, et se cherchant eux-mêmes. Mathieu Amalric y chante, grimpe des montagnes, saute dans la mer, se dénude, se déguise. A l’instar de son personnage, il a cette capacité de toujours surprendre, se transformer, à chaque rôle. Le nom de son premier personnage emblématique de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Paul Dédalus, évoque cette mosaïque d’identités toutes contenues en un être. C’est pour cela qu’on l’aime tant. Parce qu’en plus d’être humble et poétique, il est talentueux.

4Une discussion a suivi la projection, relativement courte, entre Pierre Pellet, autre acteur du film, Jean-Marie Larrieu et Mathieu Amalric. De cela nous avons retenu l’expression qu’a employée Jean-Marie Larrieu pour caractériser son acteur : un « courage physique ». Comme il était tard, Mathieu Amalric a proposé que la conversation se poursuive en dehors de la salle. Il portait dans les yeux, dans la voix, le désir du partage, l’envie d’être ensemble.

D’autres projections couplées de rencontres avec Mathieu Amalric auront lieu d’ici fin octobre. Il sera souvent accompagné d’autres artistes (Sophie Fillières, Roman Polanski, Arnaud Desplechin, Jeanne Balibar …). Nous vous invitons vivement à aller écouter cet immense acteur et cette personne extraordinaire. Car, comme le dit approximativement la première réplique d’Un homme, un vrai : « Vous rêviez d’être quelqu’un d’autre, il l’a fait pour vous ».

Retrouvez l’évènement et son calendrier sur le site de la Cinémathèque Française : http://www.cinematheque.fr/cycle/mathieu-amalric-88.html

Azilys Tanneau

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