Marie NDiaye, Trois Femmes puissantes

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Vous l’avez peut-être croisé en Péniche, vous l’avez peut-être écouté en amphi et étudié son cours sur l’Histoire des Empires au XXème siècle, Pap NDiaye est un historien français, professeur à Sciences Po. Toutefois, ce n’est pas d’histoire ni d’empire dont l’article est question mais de Trois Femmes Puissantes, prix Goncourt 2009, écrit par sa sœur, Marie NDiaye.

Les plus :

  • Des parcours de femmes à la fois originaux et pourtant connus.
  • Une approche de l’Afrique captivante

Les moins :

  • Liens presque inexistants entre les trois histoires
  • Le lecteur livré à lui-même quant à l’avenir de ces trois femmes

Note : 4/5

Norah, Fanta et Khady, trois noms, trois femmes, trois battantes. Norah, la quarantaine, a quitté Paris pour rendre visite à son père en Afrique. Ces retrouvailles gênantes s’avèrent remettre en question sa vie entière. Fanta a quitté le Sénégal pour suivre son mari Rudy dans la province française qui s’enfonce dans la médiocrité et plonge les personnages dans un profond malheur. Enfin, la troisième, Khady est une veuve, sans enfant, contrainte à un exil tragique car sans perspective d’avenir dans son propre pays.

Au-delà de ces trois destins féminins, NDiaye évoque des thèmes sensibles et douloureux. Elle raconte la difficulté de l’exil, le parcours du combattant des réfugiés, prêts à mourir pour ne pas retourner vivre leur vie d’avant. Elle traite du poids des hommes puissants et parfois trop importants, trop présents. Que ce soit le père absent, le mari médiocre, le frère envolé, ils jouent tous un rôle crucial dans la vie de ces femmes puissantes.

NDIAYE

A travers cette atmosphère parfois glauque, brulante et pesante, nous dépouillant de toute légèreté, l’auteur nous transporte dans un monde lointain et quelque peu effrayant. Elle nous transmet une vision perçante et terriblement concrète de la condition des femmes, victimes d’une société où la puissance patriarcale demeure en vogue. Ses mots touchants, paradoxalement sensibles et cruels à la fois, nous dépeignent la dignité de ces femmes qui souffrent et de l’humanité en général. L’écriture des sentiments est raffinée, violente.

« Parce que leur fils unique l’avait épousée en dépit de leurs objections, parce qu’elle n’avait jamais enfanté et qu’elle ne jouissait d’aucune protection, ils l’avaient tacitement, naturellement, sans haine ni arrière-pensée, écartée de la communauté humaine, et leurs yeux durs, étrécis, leurs yeux de vieilles gens qui se posaient sur elle, ne distinguaient pas entre cette forme nommée Khady et celles, innombrables, des bêtes et des choses qui se trouvent aussi habiter le monde. »

Alors que ces héroïnes ne sont pas la définition même des héroïnes classiques et admirables, NDiaye parvient à faire jaillir de ces personnages, au destin sans espoir apparent, une part merveilleuse et inaltérable d’humanité. NDiaye met en relief les femmes, dévoile les hommes et nous plonge dans un univers romanesque à cheval entre Afrique et France. Tout au long des récits, l’aspect mystique s’entrechoque avec la réalité. Le fantastique, ou plutôt l’animisme, perturbe de par sa présence, toute l’œuvre durant. Il s’exprime sous la forme d’oiseaux inquiétants : les corbeaux qui suivent Khady dans son destin de clandestine, la buse qui poursuit Rudy le mari de Fanta en guise de vengeance…

Ce style métissé et ce récit de la dignité féminine dévoile au lecteur une femme puissante supplémentaire : Marie NDiaye.

Léa Catala

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