« Machines à dessiner » : un voyage initiatique au cnam

Machines à dessiner, affiche de l'exposition. Crédits : musée des Arts et Métiers.

Entre réalisme et fantastique, le Conservatoire national des arts et métiers (cnam) nous ouvre ses portes en prolongation jusqu’au 26 mars 2017 pour une immersion dans le monde singulier des auteurs de bande dessinée François Schuiten et Benoit Peeters. Il s’agit d’une collaboration exceptionnelle entre le cnam et les artistes qui nous réserve bien des surprises, alliant le dessin technique, l’imaginaire de l’univers des Cités obscures et les collections de machines du musée.

 

La visite commence à la station de métro Arts et Métiers (ligne 11),  l’une des plus belles du réseau parisien. En effet, ce véritable « Nautilus souterrain » doit ses airs d’un endroit tout droit sorti des romans de Jules Verne au trait fin et précis de Schuiten, qui l’a aménagée en 1994. Cette première collaboration marque le début d’une longue histoire entre le cnam et les artistes, qui avaient déjà participé trois ans auparavant au concours pour la rénovation du musée.

 

C’est ainsi dans un univers quasi-intime que l’on plonge dès le début de la visite, rythmée par les dessins et les explications. D’une précision extraordinaire, les œuvres mêlent science-fiction et modernité. Le monde parallèle des Cités obscures, série d’albums qui a fait le succès des auteurs, est en effet au centre de la grande pièce. L’évolution des sciences et des techniques, mais aussi l’archaïsme de cet univers de bande dessinée où l’électronique n’existe pas, est incarnée dans un imaginaire digne d’une réalité parallèle. C’est un regard original sur le monde de demain, grâce auquel on entre parfois même dans le pays des rêves.

 

Détail de l'encrage d'un dessin © Vladimir Peeters

Détail de l’encrage d’un dessin
© Vladimir Peeters

Dans la salle, une sélection des machines du projet en chair et en os : des machines pour dessiner et des machines à dessiner. Ainsi, les machines deviennent des objets d’art. Les jeux de lumière subtils et les perspectives exemplaires habillent la dimension architecturale.

 

Des dessins provenant des ressources du cnam sont exposés, tels que certains lavis de plans de machines qui expriment le traitement chromatique codifié. La normalisation du dessin technique, projet latent depuis la création du musée en 1794, apparaît à son apogée entre démonstration et rétrospective sur la géométrie descriptive de Gaspard Monge. L’histoire du dessin technique y est retracée, sans en faire une anthologie, afin de nous permettre de mieux comprendre la maîtrise de l’artiste.

Les Cités obscures © Collection personnelle de François Schuiten

Les Cités obscures
© Collection personnelle de François Schuiten

Présenté comme un reflet décalé de la Terre, ce monde nous ressemble et pourtant est loin de fonctionner comme le nôtre. A son image, des « inventeurs inventés » tels que Axel Wappendorf. C’est aussi l’occasion d’observer les premiers globes terrestres et le magnétarium d’Henry Wilde. En écho à certains dessins tels que L’obus céleste, l’immersion dans cet imaginaire est une invitation à la création.

Planétaire (1725-1752), Thomas Heath © Musée des arts et métiers-Cnam/photo Sylvain Pelly

Planétaire (1725-1752), Thomas Heath
© Musée des arts et métiers-Cnam/photo Sylvain Pelly

Des desseins pour plus tard?

Véritable coup de publicité qui donne envie de lire toutes les BD des artistes, Machines à dessiner a su allier mise en scène du progrès et réalisme magique. Là où l’art défie la science, Paris s’est fait une beauté pour l’occasion. Y est même exploité le potentiel poétique de la machine à vapeur – point incontournable du mélange entre art graphique et science des techniques. Cette manière de saisir le monde incarne la volonté de reproduire en quantité avec la machine comme allégorie de l’industrialisation. Etroitement liée avec l’évolution du monde actuel, l’exposition nous en éloigne pourtant totalement. Peeters et Schuiten nous offrent ainsi un souffle d’air frais à l’ère de la réalité augmentée, et nous livrent les secrets de leur talent tout en jonglant avec les avancées du monde et de ses techniques. Une ingénierie du rêve qui montre qu’échange et partage sont les clés de la magie.

 

Les + : A la fin, une pièce où nous pouvons nous imaginer virtuoses du dessin technique est aménagée. Sont fournis dessins, papiers, postes de travail et modèles – de petites machines exposées pour l’occasion. Nous pouvons aussi voir les planches originales de la nouvelle bande dessinée des artistes, Revoir Paris, où notre belle capitale est revisitée dans une fiction criante de réalisme, dans laquelle Paris du XXIIème siècle voit le Centre Pompidou au bord de l’eau.

 

Les – : Aucun, même l’entrée est régulée pour qu’il n’y ait pas trop de monde à la fois dans la salle d’exposition temporaire relativement petite. Il faut par ailleurs bien penser à conserver son ticket pendant l’exposition car il y a un checking à l’entrée et un autre avant la seconde salle.

 

« Machines à dessiner, Schuiten & Peeters », exposition temporaire au Musée des Arts et Métiers (cnam) jusqu’au 26 mars 2017.

Adresse : 60 rue Réaumur, Paris 3e

Site internet : http://www.arts-et-metiers.net/musee/machines-dessiner

Horaires :

  • Mardi au mercredi : 10h00 – 18h00
  • Jeudi : 10h00 – 21h30
  • Vendredi au dimanche : 10h00 – 18h00

Visites guidées : Tous les jours à 15h30.

Tarifs : 6 euros, 4 euros tarif réduit.

 

Clémentine TEBOULLE

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