Lucrèce Borgia; théâtre schizophrène.

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« Car vous êtes les rois, mais nous sommes les papes ;

Vous êtes Attila, nous sommmes Borgia. »

Victor Hugo, La Légende des siècles.

Victor Hugo est un monstre, polymorphe, on l’imagine en géant tonnant au banc de l’Assemblée, citant un passage flamboyant des Misérables et postillonant des idéaux à travers sa grosse barbe. Il y a ça, et l’expérience qu’on en a eu jeune. Je pourrai dire : « trop tôt, j’ai lu Les Misérables » si je voulais faire de la paraphrase.                                                                                                               A l’époque, j’avais trouvé tout ça très indigeste et la citation que mes professeurs de français se plaisaient à répéter encore et encore : « Victor Hugo est malheureusement les plus grand écrivain de la littérature française » n’aidait pas. La conséquence est que beaucoup ont une vision double de Victor Hugo, doublement mythique pour sa vie hors du commun et pour son écriture dense et complexe. Pour moi, les choses ont évolué vendredi dernier (4 octobre) lorsque j’ai été voir Lucrèce Borgia au théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet.

Le théâtre de l’Athénée vaut le détour rien que pour sa salle à l’italienne qui est une des plus belles de Paris. Louis-Jouvet l’a aussi dirigé pendant près de 20 ans, donc historiquement, c’est un endroit très intéressant. Mais vient le moment où il faut parler de la représentation en elle-même, puisque c’est le but originel de cet article. J’ai donc été voir Lucrèce Borgia de Victor Hugo, rempli des préjugés que j’ai décrit plut haut.

Fondu au noir, un spot s’allume pour que le public puisse assister à l’assassinat d’un homme. Les lumières reviennent petit à petit, le cadavre a disparu et à sa place se trouve un petit groupe d’hommes, 6 pour être précis. Ce sont des gentilhommes de Venise, et ils parlent des Borgia. Vous savez les Borgia, c’est cette famille de papes dont Canal + a fait une série pleine de sexe et de meurtres, et bien dans cette pièce de théâtre, on se croirait un peu dans la série de canal +.      

                                                                               

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 La mise en scène est très moderne, assez brutale, puisque l’humilitation de Lucrèce Borgia au bal se fait au son de Plague de Crystal Castles. Le ton est marqué, un peu trop exagéré même, et l’impression que les acteurs surjouent perturbe le début de la représentation. Mais au final, c’est au moment de l’appartition de Don Alphonse que les choses changent. Cette fois, le jeu et l’accent sont volontairement exagérés pour montrer la démesure du seigneur de Ferare.

 

Voilà l’explication pour le titre que j’ai donné à cet article : la représentation de Lucrèce Borgia à l’Athénée est schizophrène, parce qu’elle sonne à la fois juste et faux. Les acteurs surjouent, faisant de leurs personnages des êtres trop violents. La musique est forte, la pièce se finit sur « Voix basses et ténèbres », un extrait de La Légende des Siècles de Victor Hugo. Gubetta, le valet de Lucrèce le lit avec un micro grésillant, surplomblant le massacre du banquet.

Mais tout cela sert en fait le message de Victor Hugo qui, lui-même, a volontairement accentué le personnage de Lucrèce Borgia, utilisant les légendes populaires plutôt que les recherches historiques. Cela sert aussi son style, Hugo ne fait pas dans la dentelle, cette représentation non plus et elle peint Lucrèce Borgia avec fermeté, à grands coups d’assassinats, de pleurs et de souffrance.

Note : 12/20 ou 16/20 en fonction de l’aspect de la pièce choisi. 

Tristan du Puy

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