Loving : les amoureux cachés

Ben Rothstein © Big Beach, LLC

« Tell the judge I love my wife ».

Si tout était si simple, Mildred (Ruth Negga) et Richard (Joel Edgerton) n’auraient pas eu à se cacher pour s’aimer. Elle est noire, lui est blanc et, dans l’Etat de Virginie, il ne fait pas bon former un couple mixte. Après s’être mariés à Washington, les deux amoureux sont suivis de près par le shérif. Ils sont emprisonnés, relâchés, puis contraints de quitter l’état pour une durée de 25 ans. Le cœur lourd, ils font leurs valises. Mildred n’a qu’un regret : celui de ne pas pouvoir se faire accoucher par la mère de son bien-aimé. C’est d’accord, ils retourneront en secret auprès de leurs proches pour l’heureux événement. Juste après la naissance du bébé, ils sont à nouveau arrêtés, puis relâchés grâce à un avocat dévoué. Cette fois, plus question de prendre le moindre risque. Le couple élève leur premier enfant en ville, puis leur deuxième et leur troisième. Les jours coulent plutôt paisiblement, mais Mildred ne supporte plus d’élever ses enfants loin de la campagne. C’est une fille des champs, une amoureuse des grands espaces. Avec l’appui d’un avocat qui s’intéresse particulièrement aux injustices ségrégationnistes, leur histoire remonte jusqu’à la Cour Suprême. Les journalistes s’en mêlent et leur cas devient un exemple de lutte pour les droits au mariage et à l’égalité.

Ben Rothstein © Big Beach, LLC

Ben Rothstein © Big Beach, LLC

C’est une histoire vraie que Jeff Nichols porte ici à l’écran. Le sujet du film, bien qu’il ait déjà été massivement traité au cinéma, est très intéressant. Redécouvrir le passé ségrégationniste des États- Unis à travers le regard de deux amoureux annonçait la promesse d’un film fort en émotions. Pourtant, avec un titre pareil, on aurait pu s’attendre à plus de passion, de déclarations et de regards brûlants. Les acteurs principaux sont individuellement très bons, mais on a du mal à se laisser attendrir par le peu de sentiments qu’ils expriment ou laissent paraître. On peut les féliciter d’avoir fait preuve de justesse dans leur rôle, mais une once de sentimentalité aurait servi à nous faire plonger entièrement dans l’histoire. Il s’agit finalement plus d’un combat politique que d’un drame romantique. On attend longtemps que quelque chose éclate, que les personnages se dévoilent soudainement ou que la situation prenne un nouveau tournant. Pourtant, les événement gardent jusqu’au bout cette distance froide et le scénario persévère dans sa monotonie. Loving reste un film intéressant et très esthétique. Les décors et les costumes sont simples et authentiques, ils nous font voyager dans le temps sans tomber dans le cliché de la campagne américaine recluse. Les lumières et les couleurs sont puissantes, elles contribuent à créer une ambiance magnifique du début à la fin.

Finalement, Loving est un film plutôt réussi, dommage qu’il lui manque l’intensité qui aurait pu faire de lui une pépite.

Gaelle

Bande-annonce : ici

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