Disgracieux héritage colonial

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Dans le petit théâtre de la Colline, jusqu’à début décembre, se joue le travail du jeune metteur en scène Jean-Pierre Baro. Adapté du roman du même nom de John Maxwell Coetzee, Disgrâce évoque avec une âpreté dénuée d’artifice, l’héritage de l’apartheid en Afrique du Sud au travers de l’histoire d’un professeur traqué par la culpabilité.

David Lurie, divorcé deux fois, professeur à l’Université, a toujours eu un certain penchant pour ses étudiantes. Il s’agit cette fois-ci de Mélanie Isaacs, qu’il a tendance à suivre d’un peu trop près. Accusé par celle-ci de harcèlement sexuel, il part du Cap et se retire chez sa fille, fermière de la campagne sud-africaine. Alors qu’il se fait progressivement à la vie et au rythme de la ferme, ils sont agressés par une bande de trois jeunes qui violent Lucy.

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Jean-Pierre Baro exploite tant qu’il le peut les mécanismes utilisés par Coetzee, brouillant couleurs et identités, et laissant son message passer au travers du prisme de Lurie. Hanté par la culpabilité, Lurie regrette son acte chaque jour qu’il passe à la ferme, ne sachant que faire ni dire pour tâcher de réparer ses erreurs. Baro évoque sans détour par les personnages de Lucy et de David Lurie, l’inutilité de la culpabilité face aux erreurs passées. La culpabilité ronge et tue petit à petit, il y a ici l’affirmation d’une volonté de vivre ensemble, de prise de responsabilité et de pardon. Les coupables et leurs successeurs doivent agir sans travestir leur passé, afin de pouvoir être pardonnés par les victimes de leurs torts. Si l’ensemble s’encombre de quelques lourdeurs (scènes de sexe maladroites et lourdes, personnages grimés en animaux, hurlements et grimaces…), c’est avec grâce et intelligence que Jean-Pierre Baro évoque l’héritage colonial au travers de l’histoire sud-africaine. Il ouvre une réflexion nécessaire qui pousse à la remise en cause des acquis, avec une intelligence et une justesse que l’on rencontre rarement sur le sujet.

Bertrand Brie

Crédits photo: Simon Gosselin

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