L’Exoconférence d’Astier

N. CLERY-MELIN/T.LAISNE, tous droits réservés

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En bas, sur la Terre, il y a les affaires courantes et la vie domestique, les petites phrases chocs ou les images en une qui monopolisent l’opinion publique. Dans le ciel, une supernova signale l’explosion d’une étoile située à plusieurs millions d’années-lumière, dont l’image ne parvient qu’aujourd’hui. Entre les deux, entre le ridicule du quotidien terrien et les promesses d’une existence extraterrestre, un astrophysicien s’arrache les cheveux. Il donne sa conférence, fait un point. Entre la Terre et les étoiles, il dresse un bilan définitif, pose les questions capitales : « Comment ne pas se vexer que les extraterrestres nous ignorent ? »
Les + :
– Alexandre Astier, toujours aussi drôle
– Une mise en scène impeccable
– Une vulgarisation efficace du sujet

Les – :
– Un spectacle parfois décousu
– Les gimmicks habituels d’Astier un peu trop présent
– Certaines plaisanteries qui tombent à plat

Artichauts : 3,5 / 5 artichauts

Giovanni Cittadini

Giovanni Cittadini

La scène est plongé dans le noir. Le silence se fait dans la salle. Soudain, une musique électronique commence, accompagnant le petit film décrivant le Big Bang diffusé sur l’écran géant installé sur scène. Alexandre Astier, encore plongé dans l’obscurité, le commente avec son humour habituel tout en mangeant du pop-corn. Le ton est donné : pendant une heure et demi, l’ancien roi Arthur va tenter de nous faire rire en nous parlant d’astrophysique. Et ça marche.

On l’avait découvert avec Que ma joie demeure, où il interprétait le musicien de génie Jean-Sébastien Bach, contraint à donner une leçon de musique à un public peu coopératif : Alexandre Astier a une incroyable capacité de vulgarisation. Qu’il nous parle de gamme pentatonique ou de la théorie de la relativité, Astier est capable de nous le rendre accessible et surtout de nous faire rire, illustrant ses explications d’exemples triviaux. Ainsi, quand il s’agit d’expliquer l’étonnante homogénéité de notre univers, il n’hésite pas à le comparer avec un brie de Meaux, ce qui à le mérite d’être à la fois ridicule et efficace. Pas une seule fois il ne nous perds, pas une seule fois il ne nous ennuie. Alexandre Astier à la franchise de ne jamais nous prendre pour des imbéciles et, au final, on s’en voudrait presque de ne pas avoir plus écouter nos professeurs de physique-chimie au collège pour pouvoir comprendre un peu mieux cette étonnante conférence.

Loll Willems, tous droits réservés

Loll Willems, tous droits réservés

Pendant l’Exoconférence, on parle de « PAN », de « UDF y-38135539  », de Voie Lactée, de vitesse de la lumière comme de « merde », de  « tebi », de « couillons qui ne bitent rien » ou de « gros cons ». Astier mélange délicieusement le sérieux et l’absurde, les explications scientifiques complexes et de petites saynettes comiques où il est à la fois l’astronome grec Ptolémé, un membre de la CIA le Prix Nobel de physique mexicain Enrico Fermi, le rédacteur en chef du Daily Planet ou un explorateur extra-terrestre, mon préféré. On note aussi les interactions – hilarantes – d’Astier et de Swan, son ordinateur capricieux qui ne manque pas de gâcher les entrées dramatiques du vrai/faux maître de conférence. Si la plupart de ces petites « parenthèses » réussissent à allier excentricité et divertissement, on pourrait regretter l’humour lourd et poussif de certaines de ces sketchs dont on attend la fin avec impatience pour revenir aux explications loufoques du maître de conférence.

L’Exoconférence est dynamique, rythmée, malgré quelques longueurs, surtout dues à la difficulté que l’on a, parfois, à comprendre le lien entre les sujets qu’Astier passe en revue. Quel est le rapport entre cette obscure histoire d’enlèvement extra-terreste de deux américains et la théorie de la relativité ? Il semble qu’il n’y en a aucun, ce qui agacera sans doute certains des spectateurs. On ne sait jamais vraiment où Alexandre Astier va nous emmener ou ce qu’il cherche à nous dire mais il clair qu’il apprécie nous surprendre. Le final,alliant lecture de Pascal et concert de métal, en est le meilleur exemple. L’absurdité du spectacle est parfois dérangeante et on cherche souvent à redonner du sens aux événements qui se déroule devant nous, mais le jeu d’acteur d’Astier parvient toujours , finalement, à nous ramener dans son délire.

La mise en scène de Jean-Christophe Hembert est épurée, minimaliste. Le design de Swan est futuriste, sans tomber dans l’excès, comme les animations qui accompagnent les explications d’Astier. Rien n’est là pour attirer notre attention. L’escalier où il se perche pour dispenser son savoir se déplace furtivement autour de la scène tandis que les lumières suivent l’acteur dans tous ses déplacements. Le message est clair : le cœur du spectacle, c’est lui, ses monologues absurdes, son jeu nonchalant, ses accès de colère impromptus et vulgaires. Au théâtre du Rond-Point, on retrouve tous les gimmicks habituels d’Astier, ceux qui nous avaient déjà fait rire dans Kaamelot ou dans Que ma joie demeure, peut-être même un peu trop. Avec l’Exoconférence, Alexandre Astier se contente parfois seulement de faire du Astier. Efficace, mais un peu répétitif par moment. On aimerait le voir un peu plus dans un autre registre, changer de ton, comme il a si bien su le faire avec David et Madame Hansen, son premier film.

Malgré tout, L’Exoconférence est un pari réussi pour Alexandre Astier, qui nous propose un spectacle recherché et instructif qui nous fait réfléchir sur notre rapport avec l’Univers et ses mystères ou les possibles civilisations qui vivraient dans nos étoiles mais qui n’oublie jamais de nous faire rire. On passe grâce à cette conférence un moment jubilatoire à ne pas manquer. On a hâte de se précipiter pour découvrir la future création décalée d’un Alexandre Astier qui ne cesse jamais de nous divertir.

Cécile Lavier

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