Les suffragettes – Sarah Gavron

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Dans le cadre du Partenariat avec le PAF ! (Pôle Art Filmique), un membre de l’équipe vous livre un article sur le cinéma chaque semaine.

Plongé dans l’Angleterre de 1912, Sarah Gavron ouvre son film sur l’oxymore de la noirceur d’une petite blanchisserie. Des têtes aux cheveux long baissées, penchées sur un fer à repasser ou plongées à l’intérieure d’une cuve brûlante. Parmi elles, celle de Maud (Carey Mullingan), héroïne de ce film, enfermée dans cette blanchisserie sous l’oppression, morale et physique, du patron depuis sa naissance. Petit à petit et par des circonstances plus ou moins hasardeuse, Maud va se retrouver lié au mouvement du « Vote for women », un mouvement qu’elle n’a pas choisi mais qui s’est imposé comme seule alternative pour rendre sa vie meilleure. Sarah Gavron nous parle, à travers Maud d’un petit groupe minoritaire de femmes de cette blanchisserie qui vont s’engager dans la lutte politique.

Entrainées par la célèbre Emmeline Pankhurst  (Meryl Streep, dont on regrette l’apparition unique dans le film), de nombreuses femmes à la condition misérable, opprimées, oppression que l’on retrouve dans des petites phrases qui n’ont rien d’innovant mais qui ont toujours le même impact : « Tu es ma femme, c’est ça ton rôle ! », mais également dans des gestes déplacés, et surtout dans le point de vue craintif des femmes à l’égard des hommes. Beaucoup de plans traduisent la vision de Maud, qui regarde les hommes par en dessous, soumise. A mesure de son engagement et de l’accroissement de sa capacité à s’exprimer, son regard sur les événements se fait plus franc et se traduit par des plans à auteur de vue des autres personnages. On remarque également que la lumière se fait plus vive à mesure que Maud se révèle à elle même. Toute la première partie du film oscille entre la noirceur de la blanchisserie et celle de la nuit, puis la lumière apparaît soudain, comme un bol d’oxygène. On retiendra particulièrement la scène de jeu entre Maud et son fils, courant au milieu des rues où pendent des linges, l’une des seules scènes où l’on verra le sourire de Carrey Mullingan.

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Cette ouverture sur le monde n’est pas sans sacrifices, rejetées par leurs maris, privées du droit de garde de leurs enfants, battues par les policiers, emprisonnées, humiliées, torturées, voilà la vie de ces femmes qui s’abandonnent entièrement à la cause, pour que leurs filles aient les mêmes droits que leurs frères. Malgré, l’horreur de ce qui est infligé aux femmes, Sarah Gavron ne fait pas tourner son film au mélodrame, l’horreur est suggérée et non pas montrée à son plus haut point, la souffrance est exploitée, mais elle sert de force à ces troupes féminines qui commanditent des attentats ayant à chaque fois une envergure plus importante. Leur volonté n’est pas d’être hors la loi, le gouvernement ne leur laisse pas d’autre choix. Elles enfreignent les lois dans l’espoir de pouvoir les faire. Cette idée revient en boucle et passe de lèvres en lèvres tout au long du film.

Je trouve que Sarah Gavron a réussit à évoquer tous es aspects, des plus positifs aux plus sombres du combat des suffragettes sans tomber dans une dimension documentaire ou au contraire à trop verser dans le sentimentalisme. L’apogée du film réside dans la scène du Derby (rejouant la fameuse scène de 1913, rendant l’action du Vote For Women visible aux caméras du monde entier), apogée marquée par la luminosité du soleil éclatant, luminosité la plus marquée dans l’ensemble du film, il s’agit également de la seule scène se déroulant au sein d’un paysage de nature et non urbain. Séquence de respiration pour le spectateur, qui devient une séquence d’horreur pour Maud qui voit pénétrer lentement, sous ses yeux, Emily sur la piste où les chevaux galopent. Fauchée par un cheval, elle est celle qui a permis de révéler la cause féminine politique.

Finalement, comme le montre l’ensemble du film, le progrès n’est du qu’aux sacrifices.

Verdict : 4/5 Artichauts

Chloé Triquet

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