Les Rencontres TransMusicales : l’indépendance, une valeur d’avenir pour la création ?

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Les Rencontres Transmusicales, au-delà des concerts, c’est aussi l’occasion d’assister à des conférences dont les thèmes sont choisis afin de susciter une réflexion entre acteurs de l’industrie de la musique mais aussi chez un public qui n’est pas directement confronté à ces problématiques.

Je me suis orientée vers cette conférence en particulier par simples affinités avec le sujet, c’est effectivement un sujet qui, je trouve, est plus qu’actuel et mérite d’être questionné.

Intervenants :

Philippe Melquiond – La Rumeur
Patrick Florent – Canal B
Martial Hardy – Les Disques nOrmal
Cédric Claquin – CD1D

Présentations des organismes :

CD1D

CD1D est une fédération professionnelle créée par 7 labels en 2004 et qui regroupe actuellement plus de 273 labels (Chinese Man Records, Ferarock, Nø Førmat!…).

Les objectifs de cette fédération sont principalement : se positionner en tant que lobby afin de faire évoluer les artistes sans forcément avoir recourt aux majors ; mutualiser les outils d’actions collectives à l’instar de la plateforme de ventes en ligne disponible sur le site web  et mettre en place un modèle économique alternatif, viable, destiné aux artistes et labels indépendants.

Par une distribution plus équitable, CD1D reverse 85% de ses ventes aux artistes et aux labels contrairement aux Majors.

Ce mode de fonctionnement permet donc aux labels de se libérer de la formalisation courante qui réside dans le mode de distribution et de communication des majors.  En somme, l’œuvre musicale est sublimée pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’elle renvoie médiatiquement.

La Rumeur

Groupe de rap formé en 1996, entre rap « conscient » et « politique » leur fer de lance réside dans leurs prises de positions face à l’actualité et leurs expériences.

Si La Rumeur a débuté en tant que groupe indépendant, ils rejoignent EMI en 2002 (« L’Ombre sur la Mesure ») mais fondent rapidement leur propre label en 2004, composé des membres du groupe mais aussi de partenaires ponctuels, afin d’avoir une maitrise totale de leurs productions (ce qui n’empêche pas de rester en licence de distribution chez EMI).

Le but de ce collectif est donc d’être son propre média. Chose que l’on retrouve par la création d’un webzine qui leur permet de contrôler leurs ventes (par le biais d’un e-shop) et leur image en allant au-delà du secteur musical (livres, courts et longs métrages).

Canal B

L’aventure de Canal B a commencé il y a maintenant 30 ans dans les MJC en mettant en place des ateliers dédiés à la radio (ce qui faisait suite à la libéralisation des ondes en 1981). Le projet comptait des activistes passionnés par la musique, que ce soit des musiciens ou des organisateurs indépendants. Par le statut d’indépendant, Canal B voulait laisser une place importante à la liberté des choix musicaux des animateurs (ce qui rejoint l’idéologie de la Férarock). Ils se positionnent alors en directe opposition avec l’offre radiophonique de l’époque et encore aujourd’hui, d’ailleurs.

Avec l’émergence de la numérisation des émissions de radio il y a une réelle explosion de l’offre ce qui permet aux radios pro, ou non, d’émettre plus facilement. Ce faisant, les artistes peu connus du grand public sont davantage sollicités pour faire valoir leur travail sur les ondes, chose impossible avant ce phénomène. Le maître mot : faire découvrir des artistes « émergents ».

Les Disques nOrmal

Label associatif rennais qui existe depuis 2007, Les Diques nOrmal entendent promouvoir les artistes indépendants en les défendant fermement. Via leur site internet il est possible de découvrir un panel relativement vaste d’artistes qu’ils aiment défendre, car, oui, leur moteur reste une passion infaillible. En manque de nouveautés musicales ? N’hésitez pas à vous rendre sur le site du label !


« Etre signé chez une major, ça revient à être traité comme un esclave » – Philipe  Melquiond, La Rumeur. Les discussions autour du thème de la conférence intitulée « L’indépendance : une valeur d’avenir pour la création ? », s’annoncent mouvementées. Un début de conférence animé mais on n’en demande pas moins. Tenter d’éclaircir un sujet qui nourrit une polémique entre majors et labels indépendants n’est évidemment pas simple, voire fastidieux. C’est pour cette raison que je vais tenter de vous présenter les principaux points abordés lors de cette séance, toutefois loin d’être exhaustifs.

Une réflexion permanente gravite autour de cette notion d’indépendance. Mais qu’est –ce que l’indépendance dans la musique ? Philippe Melquiond nous parle de liberté, d’émancipation du formatage véhiculé par les majors. Il tient tout de même à souligner que c’est une notion qui peut être appréhendée différemment selon le genre musical, dans son cas le rap qui pour lui souffre d’une image bien plus « sulfureuse ». D’après son expérience, l’indépendance c’est s’affirmer par le refus. Le refus de se soumettre au carcan imposé par les majors.

Ce serait alors l’idée de refuser ce qu’on voudrait nous faire consommer, point mis en avant par Patrick Florent. Les radios, au même titre que les artistes, sont également soumises à un formatage violent, notamment les radios de grande écoute qui diffusent un même morceau plusieurs fois par jour afin de répondre à des consignes de diffusions données par les majors, détentrices de l’artiste en question. 

Ce « diktat » de la programmation radiophonique illustre parfaitement un mal que l’on retrouve bien trop souvent chez les majors : l’artiste « placard ».En gros, l’artiste est bel et bien signé chez telle major mais celle-ci n’investit pas autant, en termes de promotion et toutes autres stratégies de communication, que pour sa poule aux œufs d’or. Les majors seraient alors créatrices d’exclusion. D’où le point suivant : l’indépendance est-elle choisie ou subie ? Grande question à laquelle une réponse tranchée ne serait que superflue, car éclipserait un pan de la réalité de l’industrie de la musique aujourd’hui, mais qui mérite tout de même que l’on s’y intéresse. Y’aurait-il alors un changement de la notion d’indépendance dès l’ors que l’expérience auprès d’une Major eut été malheureuse ? L’indépendance ici ne serait donc pas un choix initial, mais subi. Alors que dans le cas contraire, bon nombre de collectifs fondent un label indépendant afin de mettre l’accent sur leur projet artistique et non pas sur la rentabilité économique que cela implique (même si, on est d’accord, c’est un point loin d’être négligeable). Dans ce sens, l’indépendance permettrait une proximité par rapport à sa création, ici on cherche alors à se démarquer. En somme, si vous voulez être fier de ce que vous faites, faites le vous-même.

Faire les choses soit même, d’accord,  mais comment les rendre accessibles au grand public ? Etre indépendant implique-t-il que l’on soit son propre média ? L’indépendance est une notion imparfaite et vaste, d’où la pluralité de statuts et d’acteurs. Si le but premier, et globalement partagé, est de promouvoir la liberté artistique, il faut préciser que les moyens mis en œuvre pour y arriver diffèrent selon les acteurs. Comme le souligne Patrick Florent : « On fait le même métier mais on fait pas la même chose ». Ce qui implique, par exemple, des ententes diverses entre labels indépendants et majors. Je vous arrête tout de suite, non ça ne relève pas d’un pacte avec le diable mais plutôt d’une stratégie intelligente de la part des labels indépendants car cela leur permet de jouir d’une tribune promotionnelle plus intéressante. Un artiste peut, par exemple, être signé chez un label indépendant mais être sous licence de distribution d’une major, son travail n’en est pas pour autant entravé. Tout est une question de choix idéologiques et stratégiques de la part du label, certains dirons que c’est une volonté de vulgarisation, ce qui impliquerait une perte d’authenticité, et d’autres que c’est une volonté de proposer un modèle nouveau. Le débat est ouvert.

Ce qui est certain c’est que les labels indépendants ont pris de l’avance dans un domaine : la dématérialisation de l’accès à la musique. Les majors auraient, en effet, un sérieux retard pour ce qui est des plateformes de diffusions musicales en ligne. Cela peut alors traduire leur confiance quant à la place qu’elles occupent sur un marché conquis d’avance.

Pour prendre l’exemple des radios, avec l’émergence de la numérisation des émissions, Patrick Florent met en avant la dimension prescriptrice qu’elles occupent. Ici, le côté humain supplante le mode « genius » d’Apple. Le partage est donc maître mot. Il ne suffit plus d’écouter mais aussi de partager l’histoire du morceau sur lequel vous serez tombé par hasard, en cliquant sur telle émission, et non pas en écoutant LA radio qui diffuse 20 fois le même titre en une journée pour répondre à « x » prérogatives pécuniaires, dirons-nous.

Enfin, il n’en reste pas moins que la multitude de questions sous-jacentes ne cessent de nourrir la problématique liée au statut d’indépendant. La création est-elle en danger aujourd’hui ? Si les différences entre majors et labels indépendants ont été le fil rouge de cette conférence, ça n’occulte en rien les maux qui freinent le processus de création aujourd’hui en tant qu’indépendant : l’allocation des subventions, la redistribution au niveau local… Sujet sur lequel il serait bon de s’arrêter car plus qu’actuel avec notamment les rebondissements liés à la sanctuarisation du budget de la Culture.

 Maywenn Vernet.

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