Les nuits blanches de Nathalie Richard

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Frédéric Franck continue d’entretenir la programmation pointue du Théâtre de l’œuvre avec ce nouveau spectacle mettant en scène Nathalie Richard dans une adaptation du roman Sommeil d’Haruki Murakami.

Note : 4 artichauts sur 5

© Dunnara MEAS

© Dunnara MEAS

Après Faire danser les alligators sur la flûte de pan où Denis Lavant incarnait brillamment un Céline en fin de vie, l’œuvre nous présente un deuxième seul sur scène. Nathalie Richard, japonaise mariée, la quarantaine, un enfant, nous fait le récit de ses Nuits Blanches. Enfermée dans une routine usante, où rien d’excitant ne peut arriver, elle sombre lentement dans l’ennui, jusqu’à cette nuit, où, après un rêve très particulier, elle ne parvient plus à dormir. Elle veille alors, et fait ce qu’elle ne peut faire le jour. Elle lit les aventures d’Anna Karénine, enfouies dans sa bibliothèque depuis l’université, un verre de whiskey à la main, et enfin, retrouve le plaisir de s’occuper de soi.

Le récit de la vie cette femme qui lutte contre l’ennui, Nathalie Richard le raconte avec une fougue et une excitation non dissimulée. Elle aime son mari, et réciproquement, mais d’un amour qui ne tient plus que sur les bases de cette routine qu’ils ont construit ensemble. Il ne lui raconte que ses derniers rendez-vous, le matériel dernier cri qu’il a reçu dans son cabinet de dentiste. Aucune exaltation, ils n’ont rien à se raconter, la passion est morte depuis bien longtemps, et l’on ne peut même plus vraiment parler d’amour. Ne restent plus que les bases d’une vie commune grisonnante qui ne connaît de sursaut que lors de ces nuits blanches qui n’appartiennent qu’à elle.

 

© Dunnara MEAS

© Dunnara MEAS

La scénographie est épurée, et se limitent à un dessin fantomatique au crayon, imprimé sur trois grands blocs disposés dans l’espace, dont l’un s’éclaire parfois de l’intérieur et laisse libre cours à quelques jeux d’ombres orchestrés par la comédienne. A gauche, un fauteuil, dans lequel elle commence son récit, un accessoire, et cela s’arrête là. Tout repose sur la force du jeu d’une Nathalie Richard émouvante dans son désespoir aussi bien que dans son étonnement. D’une femme voilant son désabusement d’un bonheur contrefait, elle revient à la jeune passionnée de lecture qu’elle était à l’université, et à la petite fille qu’elle fut, quelques décennies plus tôt, lorsqu’elle mange quelques carrés de chocolat. Ce chocolat qu’elle n’a pas mangé depuis tant d’années lui rappelle, dans un processus presque proustien, la jeune femme heureuse qu’elle fut autrefois. Ce bonheur de l’inattendu, du neuf, qui casse l’inlassable répétition des événements qui cadencent sa vie, lui permet de revivre ce qu’elle a perdu. Et lorsqu’enfin ces dix-sept nuits blanches s’achèvent, perdue, elle se met au devant de la scène, et crie avec une éclatante force son désespoir de se laisser aspirer de nouveau dans cette routine qu’elle hait.

Bertrand Brie

Théâtre de l’Oeuvre
Métro Place de Clichy (ligne 2)

55 rue de Clichy
75009, Paris
01 44 53 88 88
http://www.theatredeloeuvre.fr/

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