Les nourritures intellectuelles d’Opium Philosophie : lancement du numéro 2

.

L’association étudiante Opium Philosophie nous a invités à la soirée de lancement du Numéro 2 de la revue Opium Philosophie, le jeudi 17 avril. Dans la salle très vintage du Dandy, à Pigalle, se débattaient des mets variés aux noms insolites : Madeleines Espinozards, rouleaux de Plathon ou encore Makis de Sade dansaient allègrement sous le regard des invités. Un festin digne de celui de Babeth. Vous l’aurez compris, le buffet, préparé par l’association Le Banquet, avait un goût de philosophie. Clin d’œil au thème de la revue cette année : « Se nourrir au XXIe siècle ». Au centre des valses de petits fours trônaient ainsi fièrement les tentacules d’une pieuvre rosée, couverture dérangeante d’une revue qui se veut « détonante », selon les mots de la rédactrice en chef, Armande Delage. Tour d’horizon de ce projet estudiantin très relevé.

.

Opium Philosophie voit le jour en 2012, lorsque cinq étudiants, engagés dans l’association éponyme, décident de créer une revue de philosophie étudiante. Le premier numéro, édité en avril 2013  à un millier d’exemplaires, avait pour thème le voyage. Le numéro 2, porté par une équipe différente, a suivi la même démarche, minutieusement pensée et résumée dans un manifeste. Apolline Escalière, fondatrice de la revue, nous le rappelle lorsqu’elle prend la parole au Dandy : Opium Philosophie veut « susciter l’enthousiasme des étudiants autour de la philosophie ».

.

Comment faire naître l’émulation de cette discipline abstraite ?

.

Grandit en fonction de la pureté de la faim

.

         La revue revendique d’abord la création d’un dynamisme interuniversitaire et décloisonné. Tous les articles ont été écrits par des étudiants d’écoles diverses (Nanterre, Paris 1, Paris 5, Paris 10,  ENS, Sciences Po etc.) à la suite d’un appel à contributions : une cinquantaine d’auteurs a participé à la rédaction, comme en 2013. La rencontre entre passionnés de philosophie issus de milieux académiques différents fait d’Opium philosophie un projet participatif. La revue, véritable ouvrage collectif, est un nœud de réflexion intellectuelle qui permet de partager pensées et doutes –  elle se veut dialogue. Cette démocratisation de la philosophie  fait de la pensée, commune à tous, un moyen de rapprocher les personnes.

.

         Le choix de l’ouverture effectué par l’équipe éditoriale parie sur la fécondité de la pensée. Bien éloignée d’une philosophie opaque ou fermée sur elle-même, la revue s’ancre dans la réalité en pensant ce qui est quotidien, proche de soi, voire trivial. Le thème de ce numéro 2 « Se nourrir au XXIe siècle» symbolise le pari de « s’étonner de ce dont on ne s’étonne plus », pour reprendre la belle expression d’Armande Delage. La nourriture interroge le rapport du sujet à l’objet et à l’altérité, le rapport charnel à l’existence, au désir et au plaisir, ou encore les normes et tabous qui entourent l’acte de se nourrir. Il vaut mieux laisser au lecteur la joie de découvrir par lui-même la sélection d’articles, dont le cheminement part du rapport à l’absurde, pour parvenir à la question du goût, en étant passé par l’idée de faim et par les normes alimentaires. Des articles éclectiques, dont la cohérence est le fruit d’un travail éditorial minutieux. Chaque texte se fait nourriture intellectuelle se substituant aux nourritures terrestres, permettant alors un retour sur soi et sur le monde.

.

Une revue dont l'esthétique répond aux réflexions philosophiques

.

          Opium Philosophie n’est cependant pas uniquement un recueil de pensées. Ces dernières sont cristallisées dans un ouvrage palpable et séduisant. Les photographies, dessins et collages ponctuant les textes font résonner la créativité des arts visuels au cœur du discours philosophique. Le lecteur se laisse porter au rythme des illustrations, échos aux images qui se forment dans son esprit au fil de la lecture. On fétichiserait presque la revue, véritable livre-objet à caresser lentement pour son graphisme soigné. Le parti-pris d’Opium est donc clairement celui du livre papier, à l’heure de la numérisation qui dématérialise l’écrit. L’équipe revendique ce choix surfant sur la vague des mooks (magazines-books) qui réunissent exigences de contenu et de forme – un écho lointain, peut-être, à la bande-dessinée, où l’histoire naît autant des textes que du visuel.

.

Opium Philosophie est donc avant tout un espace de circulations. Circulations entre étudiants, entre écoles, entre disciplines.

.

La revue devient ainsi une porte ouverte sur un domaine trop souvent négligé au profit de l’action : celui de la contemplation. Support de réflexion pour apprentis philosophes ou novices complets souhaitant prendre le temps de penser, de douter, de questionner, Opium Philosophie est une salvation. À feuilleter négligemment sur les pelouses d’un parc ou à étudier sérieusement à la lumière d’une lampe de bureau, les pensées jeunes et variées qui nous sont offertes permettent autant de se laisser porter par une lecture divertissante que de cultiver une réflexion. Nous en retenons des directions et des clés pour aiguiser notre sens critique. Au-delà des mots, les couleurs et les formes accompagnent de manière presque sensuelle ce cheminement de l’esprit. Des tons rosés aux textes hyper-esthétisés, le plaisir est à fleur de page.

La page cornée est justement l’emblème de la revue, rencontre entre ravissement intellectuel et visuel. Triangle rouge que l’on retrouve à chaque coin de page, métaphore de l’appropriation de la pensée d’autrui – une pensée que l’on interroge pour mieux construire la sienne propre. Une page que l’on marque pour ne pas oublier de penser.

Opium Philosophie nous lance donc ce cri « la philosophie n’est pas une discipline morte ». Elle peut donner matière à un projet étudiant ambitieux concrétisé par un objet tangible.

Peut-être pour que la pensée, immatérielle, ne se désagrège pas.

.

Mona Oiry

.

« Se nourrir au XXIe siècle », Opium Philosophie, numéro 2,Paris, Avril 2014.
8,90e en librairies mentionnées ici : http://opium-philosophie.com/revue/
5e sur les campus étudiants.
Contact : opium.philosophie@gmail.com
Written By
More from artichaut

Childish Gambino au firmament.

Un jour, Dieu créa la Terre, le diable créa BHL et le...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *