Les interviews du Basile (2): Tout ce qu’il faut savoir sur Michel Favory !

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Michel Favory, vous avez commencé le théâtre en 1962, c’est ça ?

Oui, c’est ça; je suis rentré au Cours Simon en 62 à mon retour d’Algérie puis au conservatoire (CNSAD) un an après.
C’était un vieux rêve d’enfant. J’écoutais beaucoup la radio et donc des pièces de théâtre à la radio, on n’avait pas la télé à l’époque. Je l’écoutais le soir dans le noir, caché de mes parents. Mon père voulait que je travaille dans l’entreprise familiale, mais pour moi il n’était pas question que je fasse autre chose. Donc une fois que je suis rentré de mon service en Algérie, je l’ai prévenu de mes intentions sans vraiment lui laisser le choix et après je me suis lancé dans le théâtre.

Le conservatoire s’est très bien passé j’imagine puisque vous êtes rentré dans la troupe Renaud Barrault avant même d’en sortir ?

Je donnais beaucoup de répliques au concours de sortie et Barrault m’a engagé au bout de ma première année de conservatoire. J’ai donc passé ma deuxième et troisième année entre les cours et sa troupe; je gagnais ma vie, ce qui était plutôt normal pour l’époque.
J’en suis sorti avec deux prix et un engagement à la Comédie Française qui ne s’est pas fait. Mais de toute manière, moi je voulais jouer pour la troupe de Villard, je n’avais pas du tout le Français en ligne de mire.
Et puis je suis resté dans la troupe Renaud-Barrault en 67 après la création des Paravents de Genêt; donc un peu avant qu’elle ne se fasse virer du théêtre de l’Odéon après mai 68.

Une fois que vous êtes sorti de la troupe Renaud-Barrault, vous avez joué dans pas mal de théâtre différents ? Il y avait une ligne directrice dans ce que vous faisiez ?

Non pas vraiment, l’idée de mission au théâtre m’est venue plus tard.
Je suis parti aux Etats Unis 6 mois. Puis j’ai joué en province; mais je suis quand même resté principalement à Paris puisque je donnais des cours à l’ENSATT. J’adorais ça, je l’ai fait pendant 14 ans jusqu’en 81. J’ai fait du Shakespeare, du Montherlant. Quelques pièces assez sérieuses, certains m’ont en conséquence et un peu bêtement collé une étiquette. Un réalisateur était même venu me voir pour me dire d’un air désolé: “Je n’ai pas de rôle de prêtre à vous proposer en ce moment”.
Heureusement tous n’ont pas réagit comme ça et j’ai fait d’autres choses, notamment du Pirandello ou du Hugo.
Je jouais beaucoup de pièces et puis j’ai fait d’autres choses: un peu de cinéma et de télé. Je faisais même un soap-opéra qui passait sur la chaîne 5, avant de rentrer à la Comédie Française. Mais c’était compliqué, il fallait écrire les textes le matin quand on jouait l’après-midi. J’étais content de pouvoir arrête en rentrant au Français.

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Avec votre entrée à la Comédie Française en 88, vous avez commencé une deuxième carrière .

Quand on rentre à la Comédie Française, il faut tout reprouver à la troupe. Montrer sa valeur quoi. On reprend à zéro, un rôle important puis un rôle moins important; mais c’est ce qui fait la qualité des productions; tout le monde est bon du premier au dernier rôle.
Et la grande chance que l’on a quand on y est, c’est qu’on a vraiment la possibilité de faire ce qu’on veut. C’est à dire qu’il n’y a pas d’impératif d’argent du coup on n’a plus à faire ce qu’on a pas envie de faire. Pour mon cas, ça voulait en autre dire que je n’avais plus à faire de soap-opéra par exemple? Et puis les personnes du Français m’avait aussi conseillé de ne plus en faire (Rires).
Mais bon, après tout dépend des conditions. Le dernier film que j’ai fait (Zaïna) était très sympa. Un film de capes et d’épée, de turbans, tout ce dont tout le monde rêve. Et puis il y a quelques semaine, j’ai joué avec Denis Podalydès et Michel Vuillermoz dans un film d’Arnaud Despleschin. Là, c’était formidable

Et vos projets pour l’avenir ?

Pour l’instant non. Enfin, je vais jouer dans La visite de la vieille Dame au Vieux Colombier.
Autrement, je pense revenir à un répertoire d’origine italienne: Calvino, Baricco et d’autres qui ont aussi beaucoup de talent. Je ne sais pas si c’est parce que l’Italie souffre plus que la France, mais c’est très théâtrale et très beau.

Pour finir, un conseil pour ceux qui voudraient commencer le théâtre ?

Et bien se lancer ! Ne pas se tromper trop longtemps sur ce que l’on est; le théâtre est un grand révélateur de soi. Donc on doit partir sur une belle évaluation de soi-même. Être conscient de ses chances.
Tout le monde devrait faire du théâtre, dès tout petit. Je donnais de cours à Assas et ils étaient nuls! Mais la France a un vrai retard par rapport à cela, on devrait tous apprendre à parler devant des gens. La prise de parole est un acte, un engagement.

Et donc, si vous voulez voir Michel Favory jouer à la Comédie Française, ça sera au Théâtre du Vieux Colombier à partir de milieu février dans La Visite de la vieille dame.

Tristan du Puy

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