Les interviews du Basile (1): Michel Favory et sa dernière pièce à la Comédie Française.

la_fleur_a_la_bouche

Cette idée m’est venue petit à petit. J’avais été voir La Fleur à la bouche de Luigi Pirandello au Studio Théâtre au début de l’année. Quelques semaines plus tard, je m’étais dit que ce serait une bonne idée d’en interviewer l’acteur principal : Michel Favory.

Je ne sais pas si vous connaissez cette salle de la Comédie Française ; seulement 130 places et quand on a la chance d’être dans les premiers rangs, on se retrouve presque sur la scène. L’immersion est totale en quelque sorte. Et pourtant, de leur côté, les acteurs ne voient rien, le public est plongé dans le noir et c’est devant une audience invisible qu’ils jouent.
Enfin bref, ça ne serait pas très important dans un autre contexte, mais ce soir-là, je m’étais retrouvé au premier rang pour assister à la pièce.
Introduite et conduite à terme par des extraits du Guépard de Lampedusa, l’histoire est celle d’un homme, malade, marqué de cette tâche noire qu’on appelle ici la fleur à la bouche. Il veut vivre, pleinement et jouir de ce qui lui reste de vie. Au cours de son attente, il rencontre un autre homme qui attend aussi, mais parce qu’il a raté son train.
L’histoire est belle, mais au-delà de l’interrogation sur la mort qu’elle propose, mise en lien avec l’œuvre de Lampedusa, c’est la présence des deux acteurs sur scène qui marque. Cela en devient presque ironique par rapport au thème de la pièce.
Et c’est parce que leur présence m’avait marqué, plus que pour toutes les autres pièces que j’ai pu aller voir depuis le début de l’année, que j’ai décidé d’interviewer un des acteurs, à l’origine de cette représentation de Pirandello : Michel Favory.

untitled

Michel Favory, comment vous est venue l’idée de jouer La Fleur à la bouche de Pirandello ?

« J’avais passé 5mn de la scène au Cours Simon, quand j’étais étudiant. C’était en 53, donc il y a 50 ans. J’avais gardé ça dans le coin de ma tête, il y a des choses qui vous poursuivent comme ça et qui vous touchent très jeune, et depuis j’aime énormément Pirandello et puis j’ai joué Henri IV.
Il y a deux, trois ans, on est venu me demander ce que je voulais faire comme pièce et j’ai tout de suite dit que je voulais jouer du Pirandello. Tout ça a continué mais rien ne venait, et quelques mois après, au cours de l’année dernière donc, j’ai pensé à la Fleur à la Bouche. »

Et l’idée de la mettre en lien avec Le Guépard ?

« Et bien quand j’ai décidé de jouer La Fleur à la bouche, je me suis retrouvé devant 30mn de pièce, et c’est quand même difficile de convoquer des gens au théâtre pour les faire sortir une demi-heure après. Et, hasard ou pas ; mais je ne pense pas que ça en soit vraiment un, j’étais en train de relire Le Guépard dans la nouvelle traduction de Jean Paul Manganaro et d’un seul coup ça à fait tilt.
Je me retrouvais en Sicile, et j’ai trouvé entre les deux écrivains une vraie fraternité, moins d’écriture que d’atmosphère. A partir de ce moment-là, je suis parti comme un fou sur le projet et les liens entre les deux textes sont apparus tous seuls ; la vie, l’amour, la mort ont la même signification en Sicile et ça, c’était extraordinaire pour moi. Ça me permettait de faire un spectacle léger et grave, faire sentir les effluves siciliennes et supprimer à la pièce ce qu’elle peut avoir de pathétique. »

Par rapport à la mise en scène, joindre les deux textes n’a pas été trop compliqué ?

« Il fallait une vraie continuité entre la première lecture, la pièce et puis la deuxième lecture. J’avais besoin d’imaginer ce bonhomme fou de littérature, le lecteur infatigable, d’autant plus infatigable qu’il connaît le terme de sa vie et donc que son temps a encore plus de prix. Cet homme qui a surligné des passages entiers, qui en jouit pour nourrir sa vie et son accomplissement, son accomplissement par la mort. Et puis tout ça plus ou moins débarrassé d’une religiosité quelconque. Mais il y a le poids de la religion, du prince qui doit mourir avec son prêtre et qui ne peut échapper à ce qu’il est. Il y a le respect de la religion dû à l’époque et la tentation d’y échapper, mais qui est vaine. »

Et toute la préparation s’est bien passée ?

« Tout a été préparé au mois de juillet, puis il y a eu un mois de pause et on a tout repris en septembre. Les choses avaient mûries pendant un mois. Les accouchements de spectacle se font souvent dans l’effervescence ; mais là ça s’est fait sans coup de gueule, dans le calme avec une vraie montée de l’adrénaline avant le spectacle mais comme il le faut.
Et puis tout ça avec deux jeunes hommes exceptionnels ; Louis Arene et son assistant artistique, son alter ego. Louis devait être en face pour la mise en scène, et puis il a pris sa place (d’acteur) petit à petit, remplacé donc par son assistant qui me donnait la réplique au début.
C’était très sympa. »

La suite de l’interview arrive dans quelques jours…

Tristan du Puy

Leave a Reply