Idiotie subversive

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Le jeune metteur en scène russe Kirill Serebrennikov, directeur artistique du Gogol Center, adapte le film Les Idiots de Lars von Trier dans la Cour du lycée Saint-Joseph. Un spectacle explosif, parfois confus, mais au propos fort.

Avis : 4,25 sur 5

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Un groupe de Russes, pour le moins hétéroclite, joue aux idiots, brisant tabous et conventions afin de provoquer la société moscovite où la limite de ce qui est accepté ou pas est si vite franchie. Chacun à la recherche de « son idiot intérieur », de cet « ange » qui « ne ment pas », ils se confrontent aux normes rigides de la Russie, qui contrairement à la société ultra-tolérante danoise où évoluent les personnages de Lars Von Trier, accorde peu de valeur à la vie.

La surprise du festival est bien ce spectacle de Kirill Serebrennikov. Inconnu du public français, il adapte avec brio – parfois de manière un peu confuse, certes – le film de Lars von Trier. Un spectacle subversif dans son propos, puisqu’il traite de la faible valeur accordée à la vie en Russie, et de la rigidité normative qu’on y trouve. De l’homosexualité au handicap, en passant par le scandale public, tous les éléments sont là pour faire de ce spectacle un spectacle hautement politique. Cet aspect subversif assumé rend Les Idiots séduisants, mettant la société Russe face à son propre comportement, poussant à bout les conventions, traitant l’idiotie comme une innocence, une sorte de douceur qui repousse le mensonge et la dureté qui les entoure.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Plutôt que subversive, la forme est radicale. Le metteur en scène reprend à son compte les éléments du Dogme95 prônant une sorte d’ascèse dans l’esthétique du spectacle, où règnent lumières fonctionnelles et épure générale. Pas d’effets spéciaux, de décors superflus, on retrouve presque un théâtre de tréteaux, un théâtre simple et fort à la fois, puisque cette radicalité s’allie à merveille avec la force du propos de ce spectacle, dans lequel les idiots se défient des hommes au péril de leur vie, et finissent en retrait, laissant la place à des comédiens trisomiques, ces « anges » comme les appelle Kirill Serebrennikov, qui représentent l’achèvement de cette quête de « l’idiot intérieur ». Une utopie éclatée puisqu’intenable mais un doux rêve que l’on se plaît à penser comme utile à la société moscovite dans laquelle évolue le Gogol Center, plein à chaque représentation.

Bertrand Brie

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