Les Cartes du Pouvoir

Les Cartes du pouvoir 1 septembre 2014 Laurencine Lot

Du 13 septembre au 30 novembre 2014, le Théâtre Hébertot (18e) présente Les Cartes du Pouvoir de Beau Willimon mis en scène par Ladislas Chollat. La pièce est une comédie de mœurs résolument contemporaine dont l’action se déroule au moment des élections démocrates américaines. Au cœur de l’équipe de Stephen Bellamy, jeune attaché de presse et conseiller de campagne du gouverneur démocrate Morris, le spectateur assiste aux coulisses de la quête du pouvoir.

 

Les plus :

– les acteurs (notamment Thierry Fremond, Raphaël Personnaz et Elodie Navarre) qui n’en sont pas à leur premier essai dans leur interprétation de personnages politiques et interprètent leurs rôles à merveille.

– l’actualité du sujet et le rythme à cent à l’heure de l’intrigue ont de quoi emballer les fanas de politique aussi bien que les amateurs de théâtre, et même des deux !

– les décors coulissant astucieux, élégants et graphiques qui s’inscrivent bien dans la modernité de la pièce.

 

Les moins :

l’emplacement géographique du Théâtre Hebertot, quelque peu excentré.

– le premier quart d’heure peut paraître un peu mou, notamment en raison de quelques blagues typiques d’un humour américain, ce qui n’est pas la meilleure accroche pour un spectateur français.

– il n’y a pas d’entracte et, bien que le rythme de la pièce soit enlevé, il aurait pu être agréable de souffler un peu (la pièce dure deux heures)

Note : 4 artichauts (sur 5)

 

Stephen Bellamy est un jeune homme brillant, un « jeune prodige » qui étonne ses aînés et attise la jalousie de ses pairs. Il est un Rastignac à l’américaine, vorace d’adrénaline politique et de succès. Son mentor, Paul Zara, le directeur de campagne, voit en lui le jeune idéaliste de ses début et l’investit de sa confiance. Le jeu de Raphaël Personnaz (Stephen Ballamy) et de Thierry Frémont (Paul Zara) –qui avaient déjà porté ensemble la politique sur les écrans dans Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier)- donne à voir autant les guerres d’ego que les déchirements personnels, les cassures de ces hommes qui sacrifient tout à la politique et, surtout, au pouvoir.

Dans l’esprit de House of Cards (dont Beau Willimon, l’auteur de la pièce, n’est autre que le scénariste), les personnages se fondent dans le monde cynique de la politique et sont,  malgré eux, poussés à signer un pacte faustien pour se garantir une place au soleil dans le prochain gouvernement.

Il faut dire que, avant de devenir dramaturge et scénariste,Willimona frayé avec le monde politique. Il fut lui-même à la place de ses personnages, participant activement aux campagnes au Sénat de Chuck Schumer (1998) puis Hillary Clinton (2000) ainsi qu’à celle d’Howard Dean lors des présidentielles en 2003.

Il sait mieux que personne les coups bas et  la manipulation, nerfs de la guerre de la communication politique. Dans cet univers, adapté à la scène dans toute sa froideur et sa cruauté, l’amitié n’est jamais désintéressée et la duplicité règne en maître dans les échanges. La force de la pièce de Ladislas Chollatest de réussir à donner corps à ces rapports de force de façon subtile tout en leur restituant leur cruauté.

On reconnaît en Ida, la perspicace journaliste incarnée par Elodie Navarre, une Mata Hari de l’information, n’hésitant pas à devenir l’amante des nouveaux dauphins de la politique pour décrocher le dernier scoop.

La détestable assurance de jeune premier de Bellamy, n’est pas sans rappeler l’arrogance des politiciens débutants (et moins débutants…). Pourtant, le spectateur ne peut s’empêcher d’avoir l’estomac noué lorsqu’il assiste à sa descente aux enfers dans le décor aseptisé d’un restaurant mexicain « cheap », au son d’un jingle que, nous même, nous avons l’impression d’avoir entendu un jour de grisaille, dans un grand magasin aux rayons impersonnels. Thierry Fremont est aussi très convaincant en Pygmalion colérique luttant avec véhémence pour que la loyauté et la confiance aient encore leur place dans la compétition politique.

C’est l’occasion pour les politiciens en herbe d’aller goûter au vertige des cimes politiques sans se brûler les ailes. Bref, une délicieuse catharsis politique en cette période de rentrée à Sciences Po.

Astrid Chevreuil

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