Les bas-fonds – Vladimir Kott – Regards de Russie

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Les bas-fonds de Vladimir Kott
3,5 / 5 Artichauts

Est-ce une décharge ou le monde après une catastrophe ? Les deux semble-t-il. Adapté de la pièce éponyme de Gorki, le film présente une dizaine d’individus vivant au milieu de déchets. Vivre, le mot est peut-être trop fort. Leurs vies sont sclérosées et manquent cruellement de finalité dans cet univers répugnant. Ces créatures plus tout à fait humaines semblent tout droit sorties des pièces de Beckett : persuadées d’être déjà mortes, faisant des gestes inutiles et ne croyant plus au pouvoir des mots.
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Cependant, ce monde qui végète plus qu’il ne prospère est comme ré-enchanté par l’arrivée d’un jeune garçon, Louka, animé d’une grande confiance en les mots. A ces misérables qui n’avaient plus foi en rien, il réapprend la force de mots comme « tendresse ». Tout d’abord agacés, certains habitants de la décharge se prêtent finalement au jeu. Les bas-fonds est aussi traversé par une réflexion sur l’art ; le théâtre aurait été tué par les téléfilms selon le personnage de l’acteur-alcoolique. On peut lire, en filigrane, une réflexion sur le pouvoir de l’art, qui lui seul pourrait recréer du sens au milieu de ce chaos. Malheureusement, l’art, comme l’espoir, n’a qu’un temps dans ce monde désolé.

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Le travail de transposition de cette pièce dans notre univers actuel est très appréciable : loin d’être poussif, il a le mérite de nous rappeler que la misère est intemporelle. Qu’ils soient prostitués, femmes battues, voleurs, ou encore gardien brutal veillant sur la décharge, les personnages sont loin d’être caricaturaux.
L’adaptation de Renoir (1936) montrait aussi les liens des personnages avec le monde du dehors, avec plus d’enthousiasme. Vladimir Kott, quant à lui, nous propose un film éprouvant, métaphysique et beau.

Juliette Le Guillou

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