Les Animaux fantastiques : beaucoup de bruit pour pas grand chose

Avec Les Animaux Fantastiques, la saga qui a passionné des générations autour des aventures du sorcier Harry Potter, plus que de s’offrir de simples prolongations, pose les bases d’une toute nouvelle ère qui devrait se décliner sur cinq chapitres. Le film repart ainsi sur de nouveaux fondements, s’inspirant vaguement du livre-encyclopédie du même nom écrit plus de quinze années auparavant par J. K. Rowling. David Yates, déjà réalisateur des quatre derniers Harry Potter, reprend sa place derrière la caméra pour nous entraîner dans les rues d’un New York des années 20, aux côtés de Norbert Dragonneau (on lui préférera le nom de Newt Scamander en version originale). Égarant la valise ensorcelée par laquelle il transporte les créatures magiques, le jeune sorcier anglais se retrouve alors confronté à une société qu’il ignore, et (presque) livré à lui-même pour retrouver les créatures égarées dans la confusion.

© Warner Newsroom
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En soi, ce film est une promesse tenue. Il offre une immersion appréciée dans un univers qu’il est chaleureux au spectateur de redécouvrir et de voir s’étendre sous ses yeux. En changeant à la fois de lieu et d’époque pour ce prequel, le juste milieu semble avoir été trouvé entre renouvellement d’une saga déjà extrêmement développée et clins d’oeil aux fans de toujours. Le film, d’ailleurs, ne se prive pas de fonder des liens étroits avec ses prédécesseurs, parfois non sans maladresse, mentionnant régulièrement lieux et personnages qui ont rythmés le récit des 7 livres et 8 films arrivés plus tôt.

Là où Les Animaux fantastiques échoue en partie, c’est en tentant de trouver les enjeux qui donneront l’élan à cette nouvelle aventure. Car si la saga Harry Potter s’ancrait sur des livres déjà extrêmement complets imposant des lignes directrices aux scénaristes, J. K. Rowling s’est ici frottée pour la première fois à ce rôle tout en devant adapter une encyclopédie complètement en inadéquation avec le style cinématographique lui imposant de créer de fond en comble l’histoire de ce fameux Norbert Dragonneau. Et, bien que l’on apprécie le décalage historique teintant le film d’une esthétique old school et plus sombre, à la fois rafraîchissante et pesante par moments, l’intrigue peine à s’écarter d’une succession de rencontres incongrues – et, on l’admettra, assez drôles – avec les créatures égarées du protagoniste. Le tout semble chercher de la profondeur dans une intrigue de second plan extrêmement frustrante tant elle reste jusqu’au bout cantonnée à sa fonction de fil rouge. L’intrigue trouve alors finalement sa résolution au travers d’une ultime scène d’action qui, comme tout bon film d’action sait le faire, engrange son lot de destructions et de combats. Et, si l’histoire développe rapidement un antagoniste majeur, ce dernier demeure ancré dans le flou autant pour les protagonistes que pour les spectateurs qui ne trouvent pas grande justification à des intentions finalement peu révélées et qui, une fois de plus, peinent à passionner.

© Warner Newsroom
© Warner Newsroom – Les années folles des sorciers, entre séduction et chasse aux sorcières…

Alors, le film s’égare, apparaissant trop souvent comme un bon prétexte pour en mettre plein la vue au spectateur sans que cela ne trouve une grande légitimité dans le déroulement scénaristique, grand tort qui saurait s’appliquer à nombre des blockbusters récents tels que le très critiqué Suicide Squad, privilégiant à un scénario mieux rodé une escalade des effets spéciaux. On regrette alors que le fonctionnement de la vieille Amérique sorcière ne soit plus développé, et que certains points réduits à des mentions régulières ne soient précisés, nous laissant alors parfois franchement sur notre faim. On aurait aimé, surtout,  découvrir un peu plus cette chasse aux sorcières qu’on nous brosse seulement à gros traits. On imagine, comme l’a laissé entendre la fin du film, que certains aspects n’ont été esquissés que pour mieux dessiner l’avenir d’une saga qui n’en est qu’à ses balbutiements. Ce film n’est certainement là que pour poser les bases et les personnages d’une intrigue qui saura, par la suite, nous faire comprendre les enjeux majeurs qui rythmeront son récit jusqu’au terme. On peut dire que l’art du teasing est ici maîtrisé habilement.

animaux fantastiques
© Warner Newsroom

Ce film, certainement, illustre sans en être la caricature les travers d’une industrie du cinéma grand spectacle qui, trop souvent incapable de se renouveler, étire les filons de ses plus grands succès jusqu’à leur épuisement. Les retours récents de Star Wars, Jurassic World ou Ghost Busters ont su montrer la difficulté éprouvée par les scénaristes et réalisateurs de démarquer leurs œuvres des originaux tout en travaillant avec de grands studios leur accordant des libertés limitées. Aussi, c’est toujours la même rengaine, et la nostalgie semble primer sur la qualité, notamment des scénarios, ces derniers souvent cantonnés aux prétextes justifiant deux nouvelles heures de prolongation. Et la plupart du temps, on s’en insurge autant qu’on s’en réjouit, puisqu’on frissonne en voyant Norbert agiter sa baguette comme on le faisait des années plus tôt avec Harry.

En résumé, Les Animaux Fantastiques est loin d’être un échec. On est bercé par les pérégrinations du héros et de ses comparses dans les rues de New York, on rit devant ses surprenantes créatures et on s’émeut de retrouver l’univers de notre enfance. Seulement, on est frustré, car il est évident que le film aurait pu être bien meilleur. Finalement, mieux vaut attendre ses fameuses suites pour se prononcer.

Justin

Bande-annonce : ici

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