Le Tartuffe, tentative de scandale place Colette

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Le Tartuffe de Molière.
L’auteur le plus joué de la Comédie Française.
La pièce la plus jouée dans ce théâtre : 3 115 représentations.
La première pièce de l’année 2014-2015. La première pièce du mandat d’Eric Ruf en tant qu’administrateur général du Français.
Pour cela, il a fait appel à un habitué des lieux :GalinStoev, premier metteur en scène étranger à mettre en scène ce classique de la Comédie Française, jouée en continu de 1680 à 1976 !
La rencontre va t-elle faire de cette mise en scène une référence ? Chaque Tartuffe a été une page d’Histoire : de Louis Jouvet qui en fit un homme simplement amoureux –expliquant même ses choix dans Pourquoi j’ai monté Tartuffe – à Ariane Mnouchkine qui le représenta en diable en passant par Luc Bondy l’année dernière avec un Tartuffe idéologue manipulateur ; chacun a fait « son » Tartuffe avec plus ou moins de réussite. Finalement Stoev réussit – ou rate – son coup : faire un Tartuffe audacieux mais classique, en réorientant le personnage certes radicalement mais sans réussir à donner ce qui manque à un grand Tartuffe : l’odeur du souffre !

Les plus :

– Un grand Michel Vuillermoz, sombre dans un registre qui n’est pas le sien, mais qui arrive à incarner un nouveau Tartuffe

– Le jeu des acteurs du Français, du nouveau pensionnaire Sandre (Orgon) à la classique sociétaire (Dorine) en passant par le jeune arrivant (Valère)

– Une mise en scène intéressante, énigmatique avec des décors se prêtant bien au jeu de la gravité des évènements

– Un texte toujours aussi parfait

Les moins :

– les tiédeurs de la mise en scène, qui n’arrive pas à imposer un nouveau Tartuffe

– l’ajout de musique. QUAND EST-CE QU’ON COMPRENDRA QUE C’EST DERANGEANT D’ENTENDRE DES CHANTS PENDANT QUE LES ACTEURS PARLENT ?

Note : 4 artichauts sur 5

Pour le choix de la première pièce de la nouvelle saison de la Comédie Française, le classicisme était de mise : un Tartuffe, une pièce comme on les aime, une comédie de Molière qui allie à la fois le rire, le tragique et la réflexion. Un bon classique du « placere et docere » qui nous avait été  rabâché pour le baccalauréat.

Le Tartuffe est confié cette année à Galin Stoev, metteur en scène de Liliom en ce moment à la Colline (à ne pas confondre avec l’autre mise en scène au TGP dont Bertrand fait ici une critique). Or Galin Stoev est l’un des metteurs en scène qui laisse sa marque : Ce fut la cas pour le Jeu de l’amour et du hasard (2011) avec Pierre Niney dans le rôle d’un Mario inventeur, une des plus belles mise en scène du Français. Galin Stoev est aussi bien l’habitué des textes contemporains (Molnár, Scimone) que de Corneille et Marivaux. Il s’attelle cette fois-ci au Molière le plus représenté du répertoire.

Christophe Raynaud de Lage, tous droits réservés (première photo: Michel Delalande, tous droits réservés)

Christophe Raynaud de Lage, tous droits réservés (première photo: Michel Delalande, tous droits réservés)

Et il est vrai que sa mise en scène est bonne : on sent le jeu des acteurs très travaillé, la réflexion pour les détails dans les objets jonchant le sol, l’originalité d’un décor divisé en 4 salles. Tout est réfléchi : les entractes dévoilent un jeu de miroir permettant d’observer la mécanique bien huilée de la pièce, où des domestiques s’affairent pour préparer la suite. Cela ajoute à la pièce une impression de destinée presque fatale, entrainant Orgon dans sa folie.

Et que dire de cette belle idée d’ajouter trois serviteurs, qui à la fin de la « comédie », sortent de l’enfer, tels les démons, revêtant la tête hypertrophiée de Tartuffe ?

Mais là est aussi la limite : la mise en scène est donc par moment très réussie, puis parfois se bloque. La machine s’arrête : on attendune suite géniale… et on attend encore. Le Tartuffe manque ici de souffre même en étant à la Comédie Française.

Les costumes sont par exemple complexes : à la fois très classiques, plus proche du monde de Marivaux que celui de Molière, mais présentant des ajouts, tels Orgon avec une cravate, qui créentcette confusion du temps de l’œuvre. Le costume de Laurent, valet de Tartuffe, en revanche, est une réussite.

Finalement on reste dans une mise en scène où on attend tellement qu’à la fin on est un peu laissé… sur sa faim (le retour de Nico les jeux de mots).

Agathe Poupeney, Divergences, tous droits réservés

Agathe Poupeney, Divergences, tous droits réservés

Les acteurs sont tous bons : Michel Vuillermoz s’impose dans un registre qui ne lui était pas familier. Didier Sandre réussit sa première à la Salle Richelieu. Mention spéciale pour Cécile Brune, drôle et piquante dans le rôle de Dorine (même si son costume dérange, car rien ne  différencie la servante de la famille); bravo aussi àla jeunesse avec les nouveaux pensionnaires, comme la scène entre Nazim Boudjenah (Valère) et Anna Cervinka (Marianne) qui reste un des grands moments d’humour de la pièce. Et comme toujours Serge Bagdassarian reste bon, drôle, et classique dans son rôle.

Pour conclure, ce Tartuffe est bon, mais parfois inégal. Face à de moments drôles et bien joués, il existe d’autres temps, plus sombres, plus décalés : à force de faire cohabiter les genres, le public reste dérouté. Et la pièce se termine sur un final raté – utilisation de micros, incompréhension du dénouement – qui reflète à lui seul le souci scénique de vouloir à la fois faire du classique et du novateur. Malgré tout, la pièce est portée par des grands acteurs et mérite le détour vers la Place Colette.

 

Nicolas THERVET

Le Tartuffe, de Molière.
Mise en scène : Galin Stoev.
Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, à Paris. Tél. : 0825-10-16-80.
A 14 heures ou 20h30, en alternance, jusqu’au 17 février 2015. De 5 € à 41€.
Durée : 2 h 15.
www.comedie-francaise.fr

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