Le poétique au service de la politique

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Tetsu Kondo (et Transsalor),Un nuage sur la terre, Cloudscapes, 2012, Collection de l’artiste

Parce que l’expression artistique est un moyen d’éveiller les consciences, la Fondation EDF – en partenariat avec la ville de Paris – a souhaité donner un écho particulier aux enjeux climatiques de cette fin d’année, à travers son exposition « Climats artificiels » du 4 octobre 2015 au 28 février 2016.

Les + :

Une approche de la nature originale, émouvante et surprenante, qui mène à la réflexion et fait écho aux débats annoncés par la COP 21.

Les –  :

Une disposition parfois trop glaciale, avec cartels très peu informateurs. On aimerait avoir plus d’interrogations et d’explications, compte tenu des œuvres très énigmatiques.

Verdict : 3,5 artichaut sur 5

« Paris Opéra Garnier Ballet » Chris Morin, 2012

Chris Morin-Eitner, Paris Opéra Garnier Ballet, 2012, Collection de l’artiste

 

En novembre 2015, nous le savons, Paris a la chance d’accueillir la COP 21. Cet événement emblématique nous concerne tous, nous qui sommes entrés dans l’ère dite « anthropogène » en modifiant la planète indéfiniment. Si toutefois cette conférence met l’accent sur le rôle des grands espaces, des Etats, des métropoles et avant tout, les individus, la Fondation EDF continue d’accueillir des artistes traitant du thème de l’environnement. Depuis 25 ans, elle relie l’art contemporain et le climat en soulignant le rapport particulier de l’Homme à la nature.

Ainsi, une trentaine d’œuvres d’artistes engagés tels que Ange Leccia, Yoko Ono et bien d’autres, répondent à une commande « politique » en abordant le dérèglement climatique et en reconstituant cette notion, de manière plus ou moins fantaisiste. Pour le public, c’est une invitation poétique aux allures politiques, ravissant les sens et exaltant cet écosystème qu’il détruit.

Trente œuvres. Des installations, des photographies, des vidéos, naviguant entre naturel et artificiel. Réparties en trois étages, celui de l’état du ciel à celles des catastrophes ordinaires en passant par les équilibres précaires, elles sont constituées d’éléments communs où gravité, sens et matières se confondent jusqu’à ouvrir une fenêtre sur un monde naturel dédaigné les deux décennies précédentes.

Julian Charrière, Panorama 52° 30’ 1.48 N 13° 22’ 19.95 E, 2011 - Courtesy galerie Bugada & Cargnel

Julian Charrière, Panorama 52° 30’ 1.48 N 13° 22’ 19.95 E, 2011 – Courtesy galerie Bugada & Cargnel

Ange Leccia, par exemple avec « La mer », 1991-2014, bouscule nos habituelles perspectives et présente un rivage d’un angle horizontal, le tout en altitude. La terre est le point d’arrivée et le point de départ, la zone de contact blanche entre l’eau et le sable rappelle la toile de l’artiste tout en explosant et réinventant sans cesse le paysage. De cette façon, et ce dans l’ensemble de l’exposition, une sensation de méditation nous transporte. Changement d’état, équilibre instable, nous sentons le sablier mesurer le temps et dans des ambiances parfois cauchemardesques, le spectateur se réveille de cette rêverie.

Peu à peu, ces œuvres nous inondent d’angoisse de par l’immense force de la nature : une activité intra-terrestre menaçante refait surface ; des phénomènes climatiques reconstitués par des odeurs, des sons, des associations visuelles nous inquiètent. Une nouvelle compréhension des phénomènes naturels nous apparait, cette nature dont nous évertuons à garder l’illusion d’un total contrôle cette fois nous gronde, nous menace.  

Certes, une volonté illusionniste de l’homme à produire des images identiques à celle de la nature reflète l’idée de pouvoir la dompter au point de la recréer. Néanmoins la nature est précieusement le lieu de l’art, l’artificialité ainsi posée permet d’imaginer une nouvelle exploitation de la Terre poétique et symbolique, où le climat est une base de travail.

Travailler le monde, traverser le nuage de l’architecte Tetsuo Kondo, nous fait réfléchir aux éléments importants de notre écosystème, de la source de vie depuis les océans jusqu’à la terre. L’exposition est un moteur de réflexion utopique, monumental, étonnant, non pas à contempler mais à vivre, dans une « écofiction » nouvelle qui nous alarme au sujet de la catastrophe climatique.

 

INFOS

« Climats Artificiels », Exposition du 4 octobre 2015 au 28 février 2016

Espace Fondation EDF

6, rue Récamier 75007 PARIS

Noémie Guez

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