Le Mystère Jérôme Bosch

© Epicentre Films

Le documentaire artistique est un exercice délicat à réaliser, piégé entre les écueils du rébarbatif et des interprétations alambiquées susceptibles de perdre le spectateur en chemin. Mais rien de tout cela avec Le mystère Jérôme Bosch de José Luis López-Linares, documentariste maintes fois primé aux Goya. Le film est entièrement consacré au Jardin des délices, chef-d’oeuvre de Bosch exposé au musée du Prado. Il prend la forme d’une enquête dont l’objet est justement la quête de sens du tableau. Les investigateurs ? Des artistes, des philosophes, des intellectuels (sans oublier the neuroscientifique) de tous horizons se succédant autour du tableau, seuls, le temps d’une nuit dans le musée désert. Parmi les intervenants : Salman Rushdie, Michel Onfray, Orhan Pamuk, William Christie, Cai Guo-Qiang et bien d’autres.

Le film commence par débroussailler les origines du tableau dans l’épais mystère qui plane toujours autour de la vie de Jérôme Bosch. Oeuvre profane commandée par Henri de Nassau aux alentours de 1505 en réponse à l’oeuvre précédente de Bosch, Le Jugement dernier, le Jardin des délices revêt la forme d’un triptyque. Son revers montre la création du monde comme un paysage désolé et désertique aux teintes grisaillées. Dès lors, le contraste est total avec son intérieur où le spectateur est immédiatement saisi par les couleurs flamboyantes et la profusion de détails. Le panneau de gauche et celui du milieu prennent place au paradis, celui à droite représente la vision terrible et géniale de l’Enfer nourrie par la psyché du peintre.

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À quoi ressemblerait le monde s’il n’y avait pas eu de péché originel ? Réponse dans le tableau central, celui duquel l’oeil ne peut se détacher. Dans un paysage bucolique, animaux surdimensionnés et créatures merveilleuses côtoient des jeunes gens de toutes couleurs de peau s’adonnant sans pression aux plaisirs charnels. Mais il serait impossible de décrire le tableau en rendant justice à son immense imaginaire fabuleux à moins, comme le suggère une des intervenantes du film, « d’inventer de nouveaux mots ».

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Cette richesse picturale du tableau constitue naturellement le fond premier des images du documentaire pour le plus grand émerveillement du spectateur, sidéré du caractère à ce point explicite d’une oeuvre réalisée il y a déjà plus de 500 ans ! Le réalisateur n’aurait pu trouver musiques plus assorties que Bach, Max Richter, Jacques Brel ou encore Lana del Rey (Gods & Monsters!) pour illustrer cet univers intemporel de Bosch qui a inspiré jusqu’aux surréalistes et la science-fiction (La Planète sauvage).

De cette mise à nu jaillissent toutes sortes de remarques qui en disent souvent plus sur le commentateur lui-même. Chacun y voit le reflet de son être, de son art. C’est un opéra pour le compositeur, un roman semblable à la comédie humaine pour l’écrivain, une pièce grandiose pour le dramaturge…Mais tous s’accordent sur le caractère impénétrable du tableau et la manière incroyable dont il résiste aux siècles. On aurait cependant aimé voir des réactions de tous bords, pas uniquement de figures du monde de l’art habituées à ce genre d’exercice. Car la singularité et le magnétisme extraordinaire du Jardin des délices le rendent universellement accessible et quiconque peut se perdre dans les milles histoires racontées par le tableau (un peu comme dans Où est Charlie !).

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Au-delà du vibrant hommage rendu au peintre néerlandais, attendez-vous à un documentaire surprenant dont la plus grande qualité sera de vous attirer à jamais dans les filets du « mystère Jérôme Bosch ».

Juliet

 

Bande-annonce : ici

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