ROSA PARKS FAIT LE MUR, la plus grande fresque murale de Paris

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L’association GFR fondée par Martial Buisson, à l’occasion des soixante ans de la résistance de Rosa Parks dans un bus à Montgomery, a profité d’un financement participatif par les mairies du 18e et 19e arrondissements afin de garnir un mur de 400 mètres allant de la future gare Rosa Parks jusqu’au pont Riquet. Ranimer un fragment de l’histoire, créer un berceau de réflexion et d’échange public sous la dextérité d’une dizaine de street-artistes talentueux : tel était le projet de « Rosa Parks fait le mur » inauguré le 19 décembre.

Avant toute chose, un rappel historique s’impose : Rosa Parks, symbole de l’époque où l’apartheid à l’américaine réprime mais commence toutefois à s’effriter. Rosa Parks, cette femme qui « s’est assise pour que nous puissions nous lever » disait Jesse Jackson. Le 1er décembre 1955 dans le comté d’Alabama, la jeune couturière refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus ; arrêtée puis condamnée à une amende de 15 dollars, elle fait appel à la justice et ainsi captive l’attention de Martin Luther King. De là, un vaste mouvement de boycott contre la compagnie de bus s’engage et, quelques mois plus tard, la Cour Suprême casse les lois ségrégationnistes. D’une étincelle, Rosa Parks a enflammé la poudre dormante des consciences.

Katjastroph - Paix

Katjastroph inscrit le mot PAIX sur un fond coloré.

Subventionnée par la mairie de Paris, la fresque imaginée par Rstyle – un organisme de promotion de cultures urbaines – est enrichie par les œuvres de street-artistes de renommée : Doudou’style, Combo, Kashink, Zepha, Tatyanana Fazlalizade mais encore Katjastroph. Depuis octobre, ils sèment des mots doux parmi les passants afin de les retranscrire sur le mur. Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, Katjastroph, après avoir bavardé avec des enfants, inscrit le puissant mot « paix » sur un fond coloré. Pour sa part, Doudou’style prône l’altérité en représentant deux visages d’enfants, l’un noir l’autre blanc, posant leur regard sur une carte du monde. De même, les œuvres de l’artiste colombienne Bastardilla reflètent sa sensibilité aux thèmes de l’exil et des frontières: elle peint de grands oiseaux migrateurs transportant des réfugiés. Une idée qui lui est apparue en jugeant de la fracture qui existe entre les deux arrondissements, où le pont Riquet agit comme frontière imaginaire.

Bastardilla

Fresque de Bastardilla, faisant réfléchir sur le thème des migrants

(FRESQUE DE BASTARDILLA FAISANT REFLECHIR SUR LE THEME DES MIGRANTS)

L’objectif pour le collectif GFR fut aussi de favoriser la culture dans les quartiers difficiles et dans les périphéries mornes de la capitale. Postérieurement aux attentats de Charlie Hebdo, le collectif a voulu profiter de l’inauguration de la future station du RER E « Rosa Parks » pour impliquer les riverains de la rue Aubervilliers – laquelle a vu grandir les frères Kouachi dans les années 80 – et faire en sorte que ces murs ne soient plus jamais gris.

Pas moins de 120 litres de peinture blanche, 600 bombes de couleur et 300 litres d’acrylique ont été nécessaires afin de redonner des couleurs aux murs de pierre. L’art urbain – dont la légalité fait l’objet de nombreuses altercations – commence à s’épanouir en France à partir de mai 1968. De plus en plus innovant, il permet de proposer des formes d’expression enrichissant constamment l’interaction avec le public. L’événement Rosa Parks fait le mur, considéré comme une « galerie à ciel ouvert »  exposant des peintures sur des murs publics avec un encadrement traditionnel, interpelle les différents intervenants sur le devenir et la popularité du mouvement street art en plein essor.

Tout en rendant hommage à la contribution louable de Rosa Parks dans l’émancipation des noirs américains, il s’agit de l’empreinte d’une action prohibée, exclusive, discrète et dissidente devenue applaudie et légitimée. C’est une marche le long d’un mur prônant les droits civiques, la liberté et l’expression. Ce serait l’aboutissement d’un art public souvent mal considéré, accueillant toutefois les témoignages et ressentis bienveillants des parisiens.

Note: 4/5 Artichauts

Les +++: un concept original, joyaux et participatif, les performances sont réfléchies, les artistes n’attendent que vos réactions!

Noémie Guez

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