Le mille-feuilles théâtral de Nkenguegi

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Dieudonné Niangouna est de retour à Paris, et avant de présenter sa nouvelle création est la Colline, il est passé l’espace de quelques jours au TGP avec son Nkenguegi. Objet scénique non identifié, cette espèce de mille-feuilles développe la complexité d’un Monde dont Niangouna expose la cruauté, mais nous perd dans la foule de symboles. Malgré la passion et le feu dont il fait montre, on ne peut s’empêcher de sortir avec l’impression trouble de n’avoir su ou pu s’accrocher au message qu’il essaie de nous transmettre.

Irréductible, c’est le mot qui se dégage de Nkenguegi. Comment décrire en peu de mot la proposition de Dieudonné Niangouna et ses comédiens ? Entre évocation récurrente des naufragés de la Méditerranée, des guerres, de l’aveuglement sélectif d’une poignée de favorisés, Dieudonné Niangouna nous fait naviguer entre plusieurs territoires. Un appartement ou un radeau, entre espace théâtral et adresse frontale, c’est un monde sans frontière et sans repère, où certains se perdent et meurent dans les profondeurs maritimes alors que d’autres laissent leur perception se brouiller dans un onanisme intellectuel qui pousse à une déshumanisation aveugle d’événements pourtant bien réels.

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Quelques moments de grâce émergent de ces quatre heures, parmi lesquels les scènes brutes et froides de cet homme sur un radeau, perdu dans la mer. Il y a là une troublante simplicité qui touche et frappe le spectateur. Mais Dieudonné Niangouna, à force de dérouler la complexité du monde, finit par emmêler la compréhension de son spectateur, qui ne sait plus s’il assiste à une parodie, à une adresse directe sur un sujet vite éclipsé de l’espace public, à une critique, ou à tout ça à la fois. On en ressort avec la nette impression de n’avoir finalement pas compris grand-chose si ce n’est la fougue avec laquelle l’artiste évoque le silence qui pèse sur la mort de ces naufragés pourtant si proches de nous. Et l’impression d’un discours parfois presque moralisateur et accusateur. Et la force de l’œuvre se dilue dans ce foisonnement troublant, et cette impression d’être pris au piège, pris à partie.

Bertrand Brie

Crédits photo: Samuel Rubio

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