Le Livre dont vous êtes l’éditeur #3

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On en arrive à un passage obligé, celui qu’on me fait recracher à chaque fois que je réponds « un vagin » au test de Rorschach : ma première petite amoureuse. Mais j’ai constaté que les psys ça les déçoit mon histoire, alors maintenant je réponds « un papillon » ; ça aussi, ça déçoit ; du coup, je vais plus chez les psys : c’est vraiment dur de décevoir systématiquement. Tu vas voir, tu vas être déçu aussi.

Je sais même pas si on peut parler d’amour. Non, j’en suis même sûr, on est jamais amoureux de sa première petite amoureuse. Carla. C’est marrant comme on ne peut pas y faire référence autrement que comme une « petite amoureuse ». « T’as vu ta petite amoureuse, aujourd’hui, à l’école ? » : je suis sur la loveuse (un sofa où l’on peut se lover (s’enrouler sur soi, pas s’aimer avec des <3) pas une adolescente addicte à Secret Story) de la terrasse, en train de lire Harry Potter et la Chambre des Secrets en édition Folio junior (à l’époque où dans ta tête Harry ressemblait au dessin de la couverture, et où le rêve était encore intact : ma lettre arriverait dans cinq ans, c’était sûr), mais il va falloir que je m’interrompe pour « raconter ma journée » comme j’ai raconté toutes les journées de mon enfance à ma mère et sa robe à fleurs jaunes. « Elle va bien, ta petite amoureuse Carla ? ». Du coup je viens de faire un tour sur Facebook, voir à quoi elle ressemble aujourd’hui : mêmes tâches de rousseur, même sourire mutin avec plein de dents toutes petites. Un peu plus de poitrine, forcément. Ma « petite amoureuse ». On m’indique le chemin à suivre, l’air de rien. Celui qui commence au lycée Bonaparte d’Autun en classe de Première et qui ne finit pas. Le plus fascinant c’est d’imaginer comme ma mère serait horrifiée en lisant ça, ou si le môme de six ans s’était levé et avait dit : « Maman, tu n’en es pas consciente et je te pardonne, mais arrête, veux-tu ? ». C’était pas fait exprès, c’était même contraire à son éthique… Mine de rien, c’est vrai que passer du temps avec Carla c’était chouette. Faire du « sable doux » en frottant la terre de la cour du lycée français Saint-Exupéry pendant des heures. Jouer assis à même le sol à ces trucs (des « pokes » ou des « poys », va savoir) dont j’ai oublié le nom qui avaient une forme de pokeball en plastique et qu’on cognait les uns contre les autres pour essayer de les retourner, et s’en faire saigner les cuisses et surtout avoir les mains qui sentent les chips. Collectionner les premiers stickers Panini dans un album Star Wars. Jouer aux Playmobils, pendant des heures. Courir sous les cerisiers en fleurs de la cour qui sentent le miel. Non, désolé, je trouve vraiment rien de sexuel. A part peut-être l’idée fugace de son corps mouillé qui s’extirpe de la piscine et va trottiner sur les dalles à petits pas pressés…

Que survient-il ensuite ?

Une nouvelle expatriation en Turquie – 67%

Un retour en France – 33%

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Pablo Faust

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