Le Festival Chorus en Interview – Thylacine

Thylacine

Thylacine ouvre la soirée du samedi au Festival Chorus. On le retrouve après son live électro audacieux et pas courant.


Comment tu te sens après cette performance?

Et bien écoute, très très bien ! Franchement, c’était hyper chouette. Je m’attendais pas trop à ça, c’est-à-dire d’une part le public qui part vraiment bien au taquet alors qu’il est pas encore 21h quoi. Et en plus c’est un super accueil, un super son dans la salle, c’est vraiment très agréable. Donc ouais je me sens très très bien.

 

C’est la première fois que tu viens à ce festival?

Ouais c’est complètement la première fois, j’en avais même jamais entendu parlé avant, enfin les autres années. Et honnêtement, j’ai pas envie de leur cirer les chaussures mais ils gèrent très très bien parce que c’est un peu l’usine, il y a énormément de groupes qui viennent et on est encore super bien accueillis, enfin c’est de très bonne qualité et je dis quand même rarement ça.

 

T’es allé voir d’autres groupes?

Pour l’instant non mais je me réserve pour essayer d’aller voir un peu skip and die ou rone.

 

Sur scène, t’as pris ton saxo, t’as joué, est-ce que c’est de l’impro ou genre des morceaux carrément bien préparés avant?

Ah non, c’est carrément de l’impro. Alors il y a certaines phrases que je connais mais c’est hyper improvisé et c’est ce qui m’intéresse en fait d’utiliser le saxophone. Moi j’ai commencé la musique avec ça tout petit, à 5-6 ans et ce qui est hyper bien c’est que du coup je maîtrise l’instrument et donc je peux partir un peu dans tous les sens et c’est ça qui est cool. Après, maintenant, surtout là il y a eu une grosse part d’impro, il y a juste quelques phrases que j’utilise souvent et que je connais mais sinon tout est improvisé. Pour moi c’est le but, ce qui m’intéresse en live c’est d’improviser au maximum quoi.

 

Et du coup, ton style avant c’était plutôt classique/jazz ? Tu en tires des influences?

Ouais bah justement le jazz par rapport au live c’est une influence que je trouve très intéressante. J’écoute pas énormément de jazz maintenant, ça peut aussi être très chiant mais en tout cas il y a une liberté sur le concert, sur la façon de jouer, etc. Il y a un rapport plus au jeu, plus à l’échange et tout que je trouve intéressant et qu’il y a, à mon goût, pas assez en musique électronique où c’est assez programmé avec juste des petits effets, des trucs comme ça. Moi ce qui m’intéresse vraiment c’est de ramener justement ce rapport jazz entre guillemets, d’autres musiques et tout mais qui sont plus libres et plus liées à l’improvisation et à l’accident et voilà, à faire quelque chose de différent à chaque fois quoi.

 

Par rapport aux visuels aussi, j’ai vu que t’étais en collaboration avec Laetitia Bely qui n’étais pas présente sur scène. Du coup, je me demandais, est-ce que tout est programmé d’avance?

Non, avec moi, il y a rien qui est programmé ! Non en fait justement c’est hyper intéressant avec elle parce que, en fait, elle a rien qui est programmé, elle a une sorte de gros contrôleur, du coup elle est obligée de me suivre tout le temps en fait avec des boutons et à me suivre sur le temps et à tout déclencher à temps. C’est hyper intéressant parce que du coup moi ça me permet de faire ce que je veux, de pouvoir changer de morceau, ça m’est arrivé plein de fois de changer de morceau, de créer un nouveau morceau entre deux morceaux, ça change tout le temps quoi. Et du coup, elle peut me suivre tout le temps donc c’est vraiment une sorte d’interaction entre nous deux et évidemment personne la voit, elle est en régie pour bien voir ce que je fais et ce qu’elle fait aussi quoi.

 

Oui, c’est vrai que ça correspondait vraiment bien et je me demandais comment ça se faisait…

Ben c’est ça mais en fait elle est acharnée derrière à essayer de me suivre et des fois c’est un peu drôle, je fais des petites feintes pour la perdre. Sur des gros drops parfois, je vais pas partir pile au bon moment et c’est ça qui est marrant.

Thylacine
Ta collaboration avec Laetitia Bely a commencé comment?

On s’est rencontrés aux Beaux Arts. Au départ, c’était moi qui avait découvert des logiciels de vidéo et qui essayait de mixer les deux et puis je lui ai dit “Mais en fait, si tu le fais, c’est cool comme ça moi je peux me concentrer sur la musique !”. On a commencé à bosser comme ça et maintenant elle est hyper autonome, on bosse souvent ensemble, je lui fais entièrement confiance et c’est hyper agréable quoi, ça fait un bon duo.

 

Les visuels, c’est quelque chose que t’as eu dès tes premiers lives ?

Ouais, dès le premier concert. Moi je sors des Beaux Arts donc j’ai un rapport à l’image assez poussée, c’est un truc qui m’intéresse beaucoup. Et puis vu que j’ai joué aussi dans des groupes, j’avais pas envie d’être tout seul sur scène avec mes machines, enfin c’est une occasion d’aller un petit plus loin dans un concert et d’emmener le public un peu plus loin. Les visuels ça complète un peu la musique, ça permet d’emmener le public encore plus avec nous et permet que ce soit un peu plus profond. C’est un truc qui me tenait vraiment à coeur et j’ai quasiment jamais fait de concerts sans vidéos. Ça m’est arrivé quelques fois vraiment si on est sous le cagnard à midi et que c’est pas possible mais c’est très rare parce que voilà je trouve que c’est intéressant d’aller un petit peu plus loin que juste des machines et un mec sur un plateau.

 

Ah, tu t’ennuies dans les sets électros ou…?

Ouais, parfois un peu ouais. Bah ouais, enfin, ce qui m’ennuie peut être le plus au final c’est peut être surtout la partie improvisation. Des fois, c’est hyper écrit, tu vois que les mecs ils font juste des shifts par dessus et pour moi c’est pas du tout possible ça. Justement, la musique électronique, moi je l’ai un peu choisi pour être hyper libre, pour être un peu le chef d’orchestre, qu’il y ait personne qui soit à côté de moi pour me dire “ah bah non c’est pas possible, on enchaîne à l’autre morceau”, que je puisse changer un peu tout le temps donc ça, c’est dommage. Oui, après, la vidéo, s’il y a des personnes qui en ont rien à foutre de l’image, ça me dérange pas quoi. Après, moi c’est vrai que je suis très à cheval là-dessus et en tout cas, ça m’intéresse beaucoup donc je le travaille tout le temps mais bon après, je vais pas forcer tout le monde à avoir la même vision que moi

 

Il n’y a pas longtemps tu as fait la couverture de Tsugi avec Superpoze et Fakear. Quels sont vos liens musicaux, qu’est ce qui vous unit tous les trois?

Ce qui nous rassemble en fait, c’est autant sur la forme que le fond. Sur la forme, on a une façon de faire la musique électronique assez similaire. On vient tous les trois de l’instrumental, on a joué dans des groupes, des trucs comme ça, on est pas 100% électro et ça se sent un peu dans notre musique. On fait pas des morceaux taillés pour le club avec plein de synthés qui claquent et tout. On a une vision un peu plus mélodique de la musique. Et puis, on s’est vite retrouvés, on a à peu près le même âge. Superpoze et Fakear viennent de Caen, moi je viens d’Angers, c’est pas très loin. En fait, on est très proches sur par mal de choses. En musique, on a pas mal de goûts similaires mais on a chacun ses préférences: Fakear est un peu plus pop, Superpoze un peu plus hip hop, moi un poil plus techno minimale sur certains trucs. Il y a plein de trucs qu’on aime tous les trois à fond: par exemple Four Tet en anglais qu’on aime beaucoup tous les trois, quelque chose comme Jamie XX, Bonobo, des choses comme ça qu’on aime vraiment tous les trois quoi.

Thylacine Tsugi

Après, surtout Fakear mais aussi Superpoze et un petit peu toi, vous avez des influences japonisantes ou en tout cas des sons qui sonnent comme s’ils venaient d’ailleurs. Est-ce que ça tu le revendiques?

Fakear lui il sample à fond oui, moi je sample pas du tout. À chaque fois que je vais utiliser de la voix, je vais travailler avec des chanteuses, je vais leur demander de faire des choses que je vais retravailler ensuite. Après, ce qui est bien c’est qu’on a une musique qui peut être influencée de plein de choses donc effectivement, on va très rapidement voir ailleurs et voir ce qui se fait un peu partout quoi. Après Fakear en plus il a fait des études de musicologie et tout donc il a un rapport hyper fort avec des chants un peu chelous qui viennent de je sais pas où. Moi un peu moins, en fait ça va être plus au coup pour coup. Par exemple, là je m’intéresse à fond à des chants bulgares que j’ai trouvé et que je trouve complètement dingues mais je vais pas faire dix morceaux avec ça.

 

Dans tes interviews tu dis que tu as pour projet de créer à bord du Transibérien, ça va se faire ou … ?

Ouais, complètement et là je suis hyper content. En fait, je vais partir à la mi-mai, c’est à peu près deux semaines de trajet et je pars avec une équipe documentaire, vidéo, qui va filmer pendant tout le périple. En gros, l’idée c’est de composer tout un CD enfermé dans le train. Ce qui est fou avec ce train c’est qu’il va à 50 km/h, c’est hyper lent donc on voit tout le paysage. Il y a une vie dans le train qui est assez dingue, c’est un gros mélange de cultures en fait, de tous les différents peuples russes qui prennent ce train pour aller bosser, aller voir leur famille, etc. Il y a bien évidemment de la musique traditionnelle dans le train vu que le trajet est long et qu’ils se font pas mal chier. Moi je suis hyper intéressé par le rapport qu’à le lieu et la musique, la composition: quand tu composes à Paris dans un petit appart, ça n’a rien à voir avec en campagne, ou au bord de la mer, il y a vraiment un rapport d’influence avec l’entourage et du coup c’était un peu provoquer ça ce projet, c’était se demander “qu’est-ce que je veux faire si je suis dans un train pendant deux semaines, enfermé là-dedans avec des gens complètement différents? Qu’est-ce qu’il en ressort de tout ça?” Ça m’intéresse aussi de le montrer, c’est pour ça qu’on part avec toute une équipe vidéo. Ça se fait hyper bientôt et après je vais finir ça en studio cet été et ça sort juste à la rentrée. C’est un peu un gros défi, il y a intérêt que ce soit bien, j’ai intérêt à bien bosser là-dedans !

 

Et comment est venu l’idée, on t’a contacté?

Non, c’est moi qui ai monté ce projet en fait, ça fait presque deux ans que je bosse dessus. J’aime beaucoup faire des projets qui sortent un petit peu des chemins hyper classiques genre “on fait des CDs, on fait des concerts, etc”, ça m’ennuie un petit peu. J’aime bien aller un petit peu plus loin, mixer d’autres médias donc là notamment c’est de la vidéo, du documentaire. J’aime bien mêler un peu tout ça et aller un peu ailleurs que juste “bah je vais faire un album alors je m’enferme dans un studio et puis on va faire une tournée derrière”. C’est bien mais c’est un peu ennuyeux et j’ai envie d’aller un peu plus loin que ça, d’où ce projet. Et il y en aura d’autres, j’ai notamment des idées avec le Centre Pompidou sur des installations interactives. C’est des choses qui me tiennent vraiment à coeur d’aussi développer ça et pas rester hyper classique quoi.

 

Caroline Magnan et Elsa régnier

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