Le Festiféros

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La compagnie Rhinocéros, qui promeut le théâtre à et hors Sciences Po, organise la deuxième édition de son Festiféros ce week-end. Durant trois soirs et deux jours, les quatre créations de l’association sont présentées dans une ambiance festive et chaleureuse. L’Artichaut est présent et soutient l’initiative !

Le Moche

Texte de Marius von Mayenburg
Mise en scène de Robin Ormond
Avec Alexandre Gangl, Jordan Munoz, Loïc Renaudier et Morgane Richard
Assistant à la mise en scène : Florent Facq
Dramaturgie : Benoît de Daran
Représentation : dimanche 25 avril à 16h30

Avis : 3,25 sur 5

Lette s’aperçoit un jour, grâce à son patron, qu’il est incroyablement laid. Ce secret de polichinelle finit donc par s’écrouler, et Lette se rend compte que sa mocheté est compensée par l’admiration générale que lui portent ses collègues et sa femme. Il décide donc d’user de la chirurgie esthétique, et se dote d’un visage incroyablement beau. Seulement, il est rapidement médiatisé, il arrête la recherche et use de son physique pour vendre ses produits. S’ensuit alors une recrudescence de personnes cherchant à lui ressembler, et il est confronté, notamment dans la rue, à ses sosies.

Le propos de la pièce est assez simple : au-delà des travers de la chirurgie esthétique, et de la médiatisation, l’idée qu’une beauté physique contribue moins au bonheur que la beauté morale (jusqu’à son opération, Lette était très heureux). Le texte est intéressant puisqu’il aborde un sujet assez classique sous un prisme original, et il est surtout très drôle. Le metteur en scène en fait donc une comédie enlevée. La mise en scène est classique, mais plutôt efficace, passant d’une scène à l’autre par des changements de lumière.  Quant aux comédiens, ils sont globalement bons pour une production amateur. Cela dit, certains maîtrisent mal leur langage corporel, se perdent en légères marques de stress, n’arrivent pas toujours à faire aller l’acte avec la parole et perdent parfois la sincérité de leur jeu. Une production étudiante honnête, et un moment agréable.

Nos Corps Sauvages

Texte et mise en scène de Jean-Gabriel Vidal-Vandroy
Avec Hanaë Bossert, Lucas Bouissou, Vincent Calas, Agathe Charnet, Rémi Darmon, Chirine El Messiri, Marie Iasci et Raphaël Goument
Lumières : Claire Demeulant

Représentations à venir à l’ENS (dates inscrites sous peu)

Avis : 4,25 sur 5

« Nos Corps Sauvages est un cri. L’éternel retour des mythes qui déferlent sur nos vies. » Nos Corps Sauvages, c’est l’histoire d’Abel et Caïn, d’Orphée et Eurydice et de Narcisse. Ce sont les mythes réinventés, qui nous montrent cette impuissance humaine, universelle, à la manière d’un éternel recommencement. Abel couche avec la copine de Caïn, qui finit par tuer son frère. Orphée refuse l’extinction de la passion, et cherche à ranimer la flamme, ne supportant plus la routine dans laquelle Eurydice, d’une sincérité et d’une conscience frappante de la réalité, les fait entrer. Narcisse, l’homme que tout le monde aime mais qui n’arrive pas à rendre heureux, court vers l’absolu, ce précipice dans lequel il va finir par s’engouffrer, sans réussir à y emmener celle qu’il l’aime.

Le texte du spectacle est écrit dans un style monologique – monologues dans lesquels les spectateurs peuvent entrer puis ressortir pour voguer au fil des performances qui se déroulent au même moment sur le plateau. Naviguant entre poésie et brutalité, le spectateur est aussi confronté à des scènes à l’humour grinçant servies par une équipe de comédiens très homogène, qui incarnent parfaitement le texte dans toutes ses nuances. Il est partie prenante du spectacle, régulièrement interpellé, sollicité, martelé à coups de décibels, de mots durs et nombreux –qui gagneraient parfois à l’être un peu moins, mais c’est aussi l’un des partis pris- et d’émotions puissantes. Impossible de rester de marbre face à la sincérité et la justesse d’une telle pièce et d’un tel spectacle, qui réussit à provoquer un sursaut de conscience chez le spectateur – quel qu’il soit.

Bertrand Brie

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