L’art de la fugue, chronique aigre-douce d’une famille du 21ème siècle

affiche

L’art de la fugue de Brice Cauvin
4 / 5 Artichauts

Prenez une famille. Les parents, qui ont dépassé l’âge de la retraite, vendent (quand ils y arrivent) des vêtements dans une petite ville de banlieue. Ils ont trois fils, très différents les uns des autres mais tous habités par le doute, terrifiés par la possibilité de ne pas vivre heureux, à l’image de leurs parents qui ne se supportent plus et n’ont sans doute jamais connu le grand amour.

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On suit surtout Antoine (Laurent Lafitte), employé dans une boîte de communication culturelle. Homosexuel, il est en couple depuis 10 ans avec Adar mais semble tourner en rond dans sa relation, sans vraiment oser prendre une décision. Gérard (Benjamin Biolay), l’aîné, est un quarantenaire aux gouts vestimentaires douteux et dont l’épouse a demandé le divorce. Abattu par ce départ et récemment licencié, il retourne chez ses parents traîner sa mélancolie. Louis (Nicolas Bedos) est celui qui a réussi, qui travaille à Bruxelles dans une grande entreprise, et qui est enfermé dans une relation dont il ne veut plus avec Julie, jolie blonde qui enflamme plus le père que le fils. Ajoutez la meilleure amie d’Antoine, Ariel (Agnès Jaoui), fantasque et excentrique, célibataire assumée.

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C’est donc un film à personnages, et c’est ce qui le rend si sympathique. On n’a pas le temps de s’ennuyer tant on passe rapidement d’une vie à l’autre. Le réalisateur, Brice Cauvin, qui a aussi participé à l’adaptation du livre de Stephen McCauley sur lequel le film se base, a l’art de nous dire, sur un ton léger et piquant, l’histoire de personnages qui ont peur de passer à côté de leur vie.

L’affiche est plutôt belle. Agnès Jaoui est parfaite dans le rôle de l’amie pétillante et de la confidente dévouée. Elle illumine l’écran et apporte au film l’énergie et la couleur nécessaires. Benjamin Biolay est tout à fait attachant en futur divorcé toujours amoureux de son épouse et exprime assez finement la métamorphose sentimentale de son personnage. Laurent Lafitte porte le film. Avec sa bonhommie et sa sympathie naturelle, on a du mal à lui en vouloir d’hésiter sans se décider pendant tout le film. Nicolas Bedos trouve un rôle taillé sur mesure.

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C’est là un (petit) reproche qu’on pourrait faire au film : les acteurs sont tous très justes et parfois touchants, mais ils sont, pour la plupart, dans une certaine zone de confort. Nicolas Bedos joue un coureur pas très aimable (le comédien n’est pas réputé pour sa sympathie consensuelle). Benjamin Biolay joue bien le timide / déprimé de la famille (on ne peut pas dire qu’il chante de la pop sucrée). On pourrait critiquer une distribution pas très aventureuse si les comédiens n’étaient pas tous justement si bien castés. Car il y a quand même une sorte de plaisir coupable, pour le spectateur un tant soit peu amateur de ces acteurs, à les voir jouer un rôle qu’on croit si proche de leur nature.

On oscille ainsi entre tendresse et pitié pour ces personnages qui ne sont pas assez courageux pour s’échapper de situations fermées, qui mentent et qui se mentent. Il leur manque un petit quelque chose, un peu de bravoure pour se guérir de la fugue qu’est la lâcheté par la libération qu’est l’honnêteté, envers les autres et envers soi-même.

Charlotte Merveille

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