L’Amour et les Forêts, le Madame Bovary des temps modernes ?

l'amour et les forets

Les plus :

  • Un roman qui tient en haleine du début jusqu’à la fin
  • Un style riche, documenté, puissant: passage extrêmement travaillé du prosaïque (la conversation sur Meetic) au romantique (l’après-midi des amants)

Les moins :

  • Une intrigue pas très gaie, à ne pas lire si l’on est en quête de joie et de bonne humeur.

 

Note : 4,5/5

 

AVT_Eric-Reinhardt_3934

Éric Reinhardt avec son nouveau roman l’Amour et les Forêts, est le petit favori du prix littéraire des célèbres frères Goncourt.

Alors que Flaubert souhaitait « écrire un livre sur rien, qui se tiendrait par la seul force de son style » avec Madame Bovary, une femme sans apparent intérêt romanesque, Éric Reinhardt semble nous faire part d’une héroïne similaire en ce sens.

Il était une fois une femme d’une quarantaine d’année, mariée et malheureuse, deux enfants, professeur dans un lycée à Metz. Femme que le narrateur, un écrivain désabusé suite au succès fou de son livre tout nouvellement sorti (Éric Reinhardt lui-même), rencontre à Paris suite à une longue et langoureuse lettre d’admiration écrite par cette dernière. Lors de ce premier rendez-vous, ils font un éloge de la littérature et du genre romanesque mais c’est lorsqu’ils se revoient que le lecteur comprend qui est véritablement cette Bénédicte Ombredanne, cette femme d’allure si belle et si idéaliste.

L’auteur nous offre en fait le portrait d’une Emma Bovary de la modernité. La littérature, ou plus précisément un livre en particulier, une émission de radio, le site de rencontre Meetic et ses phrases de drague peu élaborées, sans intérêt autre que le désir de satisfaire des besoins primaires… tous ces éléments ont fait franchir à Bénédicte les limites d’une vie bien grise qui va alors basculer dans le drame. LAmour et Les forêts, c’est l’histoire hyperréaliste d’une jalousie excessive d’un mari sans confiance en lui, d’une héroïne pas très héroïque, harcelée sans relâche par son homme, ses enfants, sa vie. Oppressions, humiliations, insultes, elle vit un calvaire auprès d’un mari craintif qui la broie nuit et jour. Bénédicte Ombredanne c’est une femme ordinairement et littéralement clouée à sa vie. Et quand elle tente de reprendre le dessus sur celle-ci, les choses empirent. D’ailleurs le titre est significatif, on peut interpréter la forêt comme le lieu où la vie de Bénédicte a basculé, lors de son ultime tentative de retrouver la liberté. Parce qu’au fond, une forêt c’est une nature à la fois menaçante, terrifiante, infranchissable, mais une forêt peut devenir clairière. Passage de l’obscur au clair, ou peut-être le contraire. Dans une forêt, on se perd ou bien on se (re)trouve.

Lâche de ne pas oser partir ou battante de rester pour sa famille, pour le respect d’un engagement, d’un choix fait des années auparavant ? Cette question on se la pose tout au long du roman, on s’engouffre, on s’interroge sans relâche, en quelque sorte oppressé. Oui, on se la pose cette fameuse question : t’aurais fait quoi à sa place ? Tu aurais eu la force de partir loin, perdu, seul, tout seul ? Enfin, on en revient peut-être toujours au même point : l’amour. L’amour, l’amour, l’amour, éternel sujet de la vie quotidienne, de la vie littéraire mais ici c’est l’amour désabusé d’une vie sans amour qui nous est conté.

A l’image de Flaubert, Éric Reinhardt nous livre un roman d’une extrême recherche autant dans le style que dans les renseignements poussés sur le sujet, grâce à des témoignages et des rencontres avec des lectrices. Ce roman c’est la renaissance de l’hyperréalisme. Ce livre est un combat. C’est une lutte contre la soumission, la volonté de se libérer. On en ressort secoué, touché. Un livre à lire.

Léa Catala

Leave a Reply