L’absurde Île flottante

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Christoph Marthaler revient à l’Odéon avec une mise en scène où il va tirer des éléments de l’œuvre complète de Labiche. L’intrigue principale, tirée en grande partie de « La poudre aux yeux » est mise à la sauce néo-dada qui fait la marque de l’artiste suisse.

Avis : 3,75

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Les enfants de deux familles bourgeoises, Emmeline Malingear et Frédéric Ratinois, sont amoureux l’un de l’autre et souhaitent se marier. C’est dans le nœud qui découle de cette situation que se place toute la cruelle critique de la bourgeoisie par Labiche : chaque famille croit que l’autre est fort riche et distinguée, et tente donc de se mettre au niveau en s’inventant des manières, en se vouvoyant, en faisant croire qu’ils jouent fort bien d’un instrument… ainsi, chacune tente d’avoir l’air mieux que l’autre en n se rendant pas compte qu’en réalité, aucune des deux n’est vraiment ce qu’elle semble être. L’histoire est donc on ne peut plus simple, une sorte de quiproquo qui montre le désir de la bourgeoisie de prendre les us et coutumes de l’aristocratie, et d’avoir l’air immensément riche.

©Simon Hallström

©Simon Hallström

Marthaler apporte un élément tout à fait étonnant à cette intrigue de fond, qui est de ralentir l’action autant que possible. Ainsi, la deuxième scène, où l’on découvre une scénographie ultra-kitsch, dure entre dix et quinze minutes, et sont prononcés les mêmes mots deux ou trois fois. Cette lenteur pousse l’absurde à son comble avec un jeu totalement désincarné, qui ne rend l’atmosphère et les personnages que plus drôles. Pour revenir sur la scénographie, le décor est entièrement composé de croûtes et d’animaux empaillés, et sert d’habitat aux deux familles en fonction des scènes, mettant en relief leur similitude exacerbée. On passe de l’humour de vaudeville au gag dada le plus pur, et le tout en fait un cocktail délicieusement méchant. Cela dit, le parti pris s’essouffle un peu au cours du spectacle, et l’atmosphère retombe un peu à certains moments, mais l’intelligence de la mise en scène, et l’audace des choix en fait malgré tout un moment agréable où l’on est spectateur d’une Île flottante intelligente.

Bertrand Brie

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