La Villa Cosenza – La Chambre, 2013

 

La lueur vacillante d’une bougie arrivée à la fin de sa cire éclairait doucereusement la pièce. On devinait dans l’ombre les lourds tissus des rideaux brodés qui ornaient les immenses fenêtres dont le bois commençait à moisir.

Au centre de la pièce trônait un lit en chêne massif, île déserte au milieu d’un océan de poussière et d’histoires, et la présence de quelques os desséchés au cœur de ces décombres n’aurait pas surpris le couple qui s’ébattait dessus.

Elle était belle, ses longs cheveux bruns encadraient un visage aux traits fins. Ses yeux bleus, un peu trop écartés, étaient mi-clos, et, son dos arqué de plaisir, elle gémissait d’une voix rauque.

Lui, au contraire, restait de marbre devant cette sauvagerie. Son crâne dégarni et l’épaisse toison qui couvrait son torse, son ventre et son pubis le faisait plus ressembler à un ours, ou à un de ces sauvages du nord québécois qu’à un homme. Mais il était fort, et c’est ce qu’elle voulait. Ce qu’elle avait toujours désiré chez un homme.

Sarah Cosenza n’avait pas eu l’occasion de revenir dans cette pièce depuis sa plus tendre enfance. Cette chambre, au centre de la villa familiale maintenant en train de dépérir, avait été celle de tous les chefs de l’illustre lignée des Cosenza. Et cet accouplement bestial avec un inconnu était sa façon à elle de rendre hommage à ce lieu qu’elle avait toujours haï.

Elle jouit avec fracas, lacérant le dos de l’homme-bête, arrachant poils et peau. Lui ne poussa pas un grognement. Il s’extirpa simplement d’elle, sans un bruit, sans un regard.

Un animal sauvage. Un satyre grec arrivé par erreur en 2013.

Elle le regarda longuement, admirant ses épaules, son torse, son sexe.

Elle commença à prendre peur lorsqu’une lueur étrange s’alluma dans les yeux ébènes de l’inconnu.

Un sourire torve apparu derrière sa dense barbe. Quelques mots sortirent en croassant de la gorge encore chaude de plaisir de la jeune noble. Comme auparavant, il ne broncha pas.

Très doucement, avec tendresse presque, il saisit le cou de celle qui avait partagé sa couche. Elle ne pouvait bouger, et ses infimes ruades ne firent absolument aucune différence. De son autre main, masse énorme à l’extrémité d’un tronc d’arbre, il saisit l’un des oreillers doublés de velours qui traînait à la tête du lit, et l’appliqua calmement sur le visage imbibé de larmes de Sarah.

Poussière et plumes s’envolèrent en un nuage faisant jouer d’un joli reflet les flammes mourantes des bougies. Le duvet d’oie retomba doucement sur le ventre inanimé et pâle de la jeune fille, couvrant son diaphragme d’une douce couverture.

La dernière des Cosenza était morte.

 

Robin Trémol

Written By
More from artichaut

Interview bourdonnante: LA MOUCHE

« Si on considère le rapport poids/décibel, le rendement sonore d’une mouche...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *