La Villa Cosenza – La Chambre, 1323

La lumière glisse vers un drap plié en quatre, posé à même le sol au milieu de la chambre. Lorsque les rayons heurtent l’œil gauche de l’homme assoupi, ses sourcils se froncent et son visage se tourne pour échapper encore quelques secondes au réveil. Dans ce mouvement, son nez effleure l’oreille de la femme qui sommeille à ses côtés. Les cheveux qui couvrent son oreille frémissent sous le souffle régulier de son époux et elle sourit en voyant son visage ensommeillé. Elle tend la main pour caresser la barbe qui ombrage sa mâchoire et murmure :

« Arnaldo, nous sommes dans la Villa.

-Hmm …

-Nous sommes enfin chez nous ! »

Il se lève, étire ses bras au dessus de sa tête tout en s’approchant de l’unique fenêtre de la pièce.

« Chez nous … Dans une maison qui tombe en ruine, entourés par des gens que nous ne connaissons pas.

-Mais libres Arnaldo ! Enfin délivrés de Matteo, de tes parents, de Syracuse … »

Il se retourne pour la regarder, reste quelques instants envoûté par ses yeux trop verts qui brillent d’une vie qu’il n’ose pas rêver, et sourit doucement.

« C’est vrai. Mon frère nous a peut être rendu service en nous chassant de cette maudite île. Il avait peur. La Sicile entière tremble devant ce continent qu’elle ne comprend pas.

-Et nous l’avons quittée ! Regarde ces champs, ces orangers … Et ce village qui t’appartient ! Les Cosenza sont de retour et …

– Tais-toi. Tu parles comme ma mère et je déteste ça. Nous ne sommes personne, ma famille les a abandonnés. Ce sont les seuls maîtres ici.

-Mais tu restes noble !

-Un noble sicilien Cassandra. Non, nous ne sommes plus à Syracuse, les choses vont changer … doivent changer. »

Elle le rejoint à la fenêtre, lui caresse la nuque de ses doigts.

« Tout reste à faire. » soupire-t-il.

Le soleil s’élève face à la Villa, éclaire la route qui s’étend devant eux, et révèle un nuage de poussière qui s’approche.

« Les voilà. Descendons. »

Les cinq hommes se laissent tomber au bas de la carriole.  Tous se ressemblent et seul le père se distingue par les mèches grises qui parsèment sa chevelure. Ils jettent un coup d’œil à l’imposant lit qu’ils vont devoir monter, puis leur regard se fixe sur le couple qui les attend à l’entrée. Le conducteur s’est placé derrière son maître, après lui avoir murmuré quelques mots marqués d’un fort accent sicilien.

« Merci, Antonio. »

Arnaldo s’avance vers le groupe, tend une main qui se veut accueillante, mais son regard est dur, presque tranchant. Un sourire en biais apparaît sur le visage du paysan.

« Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas vu de Cosenza à Adarilo. »

Il saisit la main du noble, qui lui rend son sourire.

« La Villa va renaître. »

Robin Trémol

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