La pédanterie du 4A #1 : Les Burritos

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      Il y a plusieurs remarques, quand on part en 3A, qui font office de passages obligés : la météo, bien sur, est le plus lourd d’entre eux : « Tu pars au Canada ? Tu vas avoir froid ! » , Tu pars en Australie ? Tu vas être bronzé ! ». J’arrête là, déjà parce que ça m’irrite mais aussi parce que vous avez compris l’idée. Les clichés à propos de la cuisine sont, sans surprise, à l’honneur pendant ce genre de discussions ( je passerai ici sur les exemples pour les raisons sus-citées ). Pourtant, plus intéressant que ces clichés, on a ce qu’ils nous inspirent une fois revenu.

C’est dans cette orgueil de celui qui sait que se loge la pédanterie du 4A.

    Elle peut s’exprimer sur beaucoup de sujets, mais la nourriture, pour différentes raisons tient une place particulière dans ce phénomène. La première de ces raisons tient simplement dans le fait que six mois ou un an dans une ville ou une zone, sauf circonstances extraordinaires, permettent d’avoir une appréciation pertinente de ce qu’on y mange et comment. L’autre élément important, c’est la fréquence du sentiment de décalage, en effet tout le monde en France n’a pas une idée ou un avis sur toutes les expériences vécues dans tel ou tel pays, on entendra pas forcément parler des rythmes de vie, du sentiment d’insécurité, des relations hommes/femmes.. Mais, quand on évoquera une 3A, le sujet de la bouffe viendra surement, porté par le point de vue à priori de celui qui ne connait pas : l’interlocuteur et ainsi, par contraste, confortera le 4A dans la position de celui qui sait : le pédant.

      Pour ma part, j’avais déjà était victime de la violence de ce phénomène, jeune 2A naïve et alcoolisée que j’étais, j’avais déjà senti couler sur moi le regard compatissant mais moqueur de l’élève de master : « Non mais en Chine on mange pas que du riz, hein ». Bien sur. Bien sur, que ce qui nous parvient de la gastronomie étrangère est un résultat filtré, une impression plus qu’une photographie. Alors pourquoi diable se sentir obligé d’apporter se genre de corrections ? C’est puéril.

     Pourtant, une fois revenue, fringuante 4A toujours aussi portée sur la boisson, j’ai été mise à l’épreuve : les burritos essaient de se frayer un chemin dans le monde de la fancy street food quelques part entre les bagels et les quality burgers au coeur même des pages des magazines, des blogs et des comptes Instagram lifestyle. La peine est double pour moi, déjà parce que les burritos c’est dégueulasse ( non mais sérieux du riz avec des haricots dans du blé, où est le fun ?) et que, bien sur, vous vous en doutez : ce n’est pas de la cuisine mexicaine. Voilà, je l’ai dit. C’est du Tex Mex, de la cuisine Etats-unienne, texane comme son nom le laisse deviner. Le burrito est aussi mexicain que la moutarde French’s n’est française, à savoir : aucunement.

    Mais la question demeure : pourquoi ? Pourquoi j’ai besoin de le dire ? Honnêtement, ce camarade amateur de gras qui me propose d’aller manger dans cette enseigne occidentale avec un nom aux consonances à la limite du racisme, est ce qu’il en a quoi que ce soit à foutre ? Non, bien sur que non. Il a, certes, très mauvais gout en matière de street food, mais demeure que ce que j’ai pu mangé dans les restaurants typiques de Guanajuato ou lire sur les cartes des camions à l’angle des rues de Mexico, il s’en fout. Tout le monde s’en fout.

       Alors, nous allons essayer de comprendre grâce à une courte série d’articles, au travers d’expériences individuelles. Quels sont donc ces sentiments contradictoires qui nous saisissent quand on évoque ces mets qui ont peuplés nos voyages en terres lointaines ? D’où vient cet orgueil de puriste de l’étranger ? De quoi est faite la pédanterie du 4A ?

" C'est du Tex Mex, vous dis-je "

 » C’est du Tex Mex, vous dis-je « 

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