La mode retrouvée, Les robes trésors de la comtesse Greffulhe

Le Palais Galliera présente jusqu’au 20 mars 2016 une exposition centrée autour d’un personnage étonnant : la comtesse Greffulhe. Figure d’exception, protectrice des arts et des lettres, son éclatante personnalité est mise en exergue à travers sa garde robe.

Le don des héritiers de la comtesse Greffulhe en 1964 permet au Palais Galliera de nous faire découvrir à travers une garde-robe allant des années 1880 jusqu’à la fin des années 1930, ce personnage étonnant qu’était Elisabeth de Riquet de Caraman-Chimay (1860-1952). Nièce de Robert de Montesquiou, muse de Marcel Proust auquel elle inspira le personnage de la duchesse de Guermantes, elle exerça une grande influence dans le domaine des arts et des lettres, modèle autant que mécène, mais aussi dans les sciences où elle contribua à l’ouverture de l’Institut du Radium et à faire connaître Marie Curie. Surtout, la comtesse est une icône de la mode, vêtue par les plus grands couturiers de son temps, et dont les atours extravagants reflètent sa personnalité grandiloquente et exubérante.

Photographie de Paul Nadar, la comtesse Greffulhe portant la «Robe aux lys » créée par Worth, 1896 © Nadar / Galliera / Roger-Viollet
Photographie de Paul Nadar, la comtesse Greffulhe portant la «Robe aux lys » créée par Worth, 1896
© Nadar / Galliera / Roger-Viollet

L’exposition juxtapose pièces vestimentaires et croquis, tableaux, photos, extraits de littérature et de musique, pour montrer l’étroite implication de la comtesse dans le domaine des arts : admirée par les poètes et autres artistes, elle se met aussi en scène, cultivant une image de soi extrêmement méliorative et narcissique. Cette image ambiguë se traduit par exemple dans une série de dessins de Paul-César Helleu, qui croque d’un trait sûr la courbe de son cou, la finesse de ses pieds ou la position caractéristique qu’elle donnait à son poignet, évoquant la silhouette d’un cygne. Si les dessins sont jugés trop intimes par la comtesse qui refusera leur exposition, c’est qu’ils dégagent une sensualité exacerbée, impensable pour une femme de son rang, qui se retrouve aussi dans certaines de ses photos, où elle pose nonchalamment, telle une Liane de Pougy demi-mondaine.

Illustration d’Aurore de la Morinerie © Aurore de la Morinerie
Illustration d’Aurore de la Morinerie
© Aurore de la Morinerie

Elisabeth de Caraman-Chimay est une icône à part, inventant son propre style. Elle crée sa propre mode, collaborant avec ses couturiers à l’élaboration de sa garde-robe. Cela se ressent dans l’exposition de pièces somptueuses et extravagantes, comme une cape du soir remaniée par Worth à partir d’un manteau d’apparat russe, présent du tsar Nicolas II, lourd manteau de velours aux riches broderies d’or et d’argent. Ou encore une clinquante robe byzantine, ornée de fourrure, qui révèle de manière cynique un trait de la personnalité de la comtesse : en 1904, elle porte cette robe au mariage de sa fille et ainsi attire sur elle tous les regards….

Maison Worth, robe byzantine portée par la Comtesse Greffulhe pour le mariage de sa fille,1904 Taffetas lamé, soie et filé or, tulle de soie, application de paillettes © L. Degrâces et Ph. Joffre / Galliera / Roger-Viollet
Maison Worth, robe byzantine portée par la Comtesse Greffulhe pour le mariage de sa fille,1904
Taffetas lamé, soie et filé or, tulle de soie, application de paillettes
© L. Degrâces et Ph. Joffre / Galliera / Roger-Viollet

Si l’exposition met bien en valeur cette figure singulière qu’était la comtesse Greffulhe et toute la fascination qu’elle a suscité et entretenu, son intérêt est limité par une scénographie bancale et une insuffisante mise en perspective. En effet, si on nous vante sa garde-robe comme étant d’exception, il aurait été intéressant d’y inclure un élément de comparaison, pour mieux expliquer à quel point elle détonnait parmi ses contemporains. La scénographie aurait aidé à mettre plus en valeur les pièces exposées, l’agencement des salles étant peu compréhensible, surtout dans les pièces principales où le lien entre les différentes robes exposées est difficile à saisir, n’étant ni classées de manière thématique ni chronologique. Avis mitigé pour une exposition qui nous invite à découvrir des “robes trésors” sans vraiment réussir à susciter l’émerveillement.

Léa Brémond

 

INFOS

Jusqu’au 20 mars 2016, ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Palais Galliera, Musée de la mode de la ville de Paris, 10 avenue Pierre 1er de Serbie, 75016 Paris, métro L9 : Iéna ou Alma-Marceau

Entrée : de 6€ à 8€, gratuit pour les moins de 18 ans

http://www.palaisgalliera.paris.fr/

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