La révérence de l’administratrice de la Comédie Française ?

Muriel Mayette-Holtz en est à son deuxième mandat en tant qu’administratrice de la Comédie Française. Très critiquée, pas pour sa gestion de la troupe en elle-même, mais pour ses choix artistiques, il est très peu probable qu’elle soit réélue en juillet 2014 pour un troisième tour.
La Maladie de la mort, qui se joue actuellement à la salle du Vieux-Colombier peut apparaître comme sa dernière carte pour redresser son image d’administratrice à l’identité artistique contestée.
Alors : as de cœur ou deux de trèfle ?

En choisissant de mettre en scène du Marguerite Duras, Muriel Mayette n’a pas cherché la victoire facile. Elle l’admet elle-même, l’œuvre est plus un long poème qu’une pièce de théâtre. D’avantage, des deux protagonistes, seul « lui », l’homme va parler et « elle » sera allongée sur un lit en fond de scène. Ils ne se parlent pas, car de toute façon ils ne se comprennent pas et le dialogue central de l’œuvre est plutôt celui entre cet homme, dont l’identité et la personnalité comptent peu au final, et la « mer noire » que l’on peut entendre de sa chambre et qui est projetée sur un écran, omniprésente dans cette œuvre comme dans les autres travaux de Duras.
Mais on peut aussi se dire qu’avec une œuvre comme celle-ci, appelant à l’interprétation, Muriel Mayotte ne pouvait que trouver des justifications à sa mise en scène. Quoi qu’il en soit, le résultat est au rendez-vous.

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Contrairement à l’adaptation d’Hamlet du début de l’année, si la mise en scène est volontairement moderne, le texte reste au cœur de la représentation.
L’homme ne partage notre attention qu’avec un film de Matthias Langhoff projeté sur le mur du fond, presqu’aussi psychédélique qu’un clip de Salut c’est cool, mais aussi parfaitement adapté. C’est sur cet écran qu’on aperçoit la « mer noire » qui hante l’homme et la représentation d’une heure va être un dialogue entre ces deux protagonistes. De temps à autre, quelques phrases défilent à l’écran que l’homme prononcera par la suite, comme un karaoké dépourvu de tout son côté kawaii et qui accentue la dépersonnalisation de « lui ».

Au final, le résultat est poétique et gentiment déprimant comme toutes les œuvres de Marguerite Duras et peut-être aussi comme la dernière mise en scène de Muriel Mayette en tant qu’administratrice.

Tristan du Puy

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