La légende Lanvin : une première rétrospective au palais Galliera

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Célébrer la plus ancienne maison de couture française en activité. Voilà le pari tenu par le Palais Galliera, en collaboration avec Albert Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin, du 8 mars au 23 août. L’exposition Jeanne Lanvin (1867-1946) retrace la vie de la créatrice à travers ses œuvres. Véritable femme d’affaire, moderne et visionnaire, l’exposition montre les multiples facettes de son univers. C’est grâce notamment à la collaboration des fonds du Musée de la mode et des modèles uniques du Patrimoine Lanvin que cette richesse est possible. Admirateurs de la maison Lanvin, fins connaisseurs de la mode ou simplement amateurs de la mise en scène du textile, cette exposition est une source d’émerveillement continu. Elle recèle de multiples trésors qui vous laisseront fascinés par tant de beauté et de savoir-faire. Partez à la rencontre de Jeanne Lanvin, une des femmes la plus innovante et la plus talentueuse de sa génération.

Les plus :

  • Les deux facettes de l’exposition, à la fois la vie et l’œuvre de Jeanne Lanvin, sont complémentaires tout au long de l’exposition – la scénographie est volontairement non chronologique.
  • L’agencement de l’espace – des pièces sombres avec des spots qui éclairent les tenues, les carnets, les textes – vous immergent et vous maintiennent totalement fasciné par l’univers Lanvin.
  • Des salles et des murs thématiques ou chromatiques qui permettent de mettre en relation les influences et les créations de Jeanne Lanvin.
  • La présence de carnets de voyage, de photos, de tissus et d’anciennes vidéos de défilés enrichissent fabuleusement les tenues exposées.

Les moins

  • Des jeux de miroirs qui ajoutent à la mise en scène de l’exposition mais au détriment des robes – simplement posées sur un présentoir et reflétées par le miroir – dont on ne voit pas les détails et le port.
  • Les archives filmographiques des défilés de Jeanne Lanvin sont diffusées sur des écrans un peu cachés tout au fond de la salle.
  • Prenez le temps de faire le tour de l’exposition qui semble confinée mais qui est composée de plusieurs pièces dans des recoins de la salle.

Note : 4/5 artichauts

Jeanne Lanvin drapant un tissu sur un mannequin par Laure Albin Guillot

Jeanne Lanvin drapant un tissu sur un mannequin
par Laure Albin Guillot

Un savoir faire exceptionnel aux multiples influences

L’impression qui nous hante au cours de cette exposition est définitivement celle de la multitude. A croire que Jeanne Lanvin savait tout faire. Les robes exposées montrent le mélange du savoir-faire Lanvin et des inspirations de Jeanne. Les surpiqûres, les découpes, la transparence, les broderies, les taffetas caractérisent la technique et l’esprit Lanvin. Les créations choisies sont très éloquentes pour montrer la manière dont Jeanne Lanvin travaillait les tissus. Elles sont, pour la plupart, bien mises en valeur : exposées dans des sortes de cages en verre ou ouvertes, on peut admirer l’ensemble comme les détails des tenues. La mise en scène de l’exposition est assez sombre – les présentoirs sont tout noirs mats – mais c’est un parti pris gagnant d’avoir mis en valeur les créations par des spots de lumière. Seul regret, certaines robes sont étalées sur des sortes de présentoirs et se reflètent dans un miroir placé au dessus d’elles. L’idée participe à la beauté de l’exposition, mais ne nous permet pas de voir la robe en tant que telle, portée. Les salles ou les couloirs sont, en général, thématiques : des robes du soir, des robes de mariée, des robes ajourées, des vêtements d’enfants sont regroupés ; mais aussi chromatiques avec le célèbre bleu Quattrocento référant à la Renaissance italienne, couleur fétiche de Jeanne Lanvin, ou des robes plus art déco avec des géométries en noir et blanc.

Robe du soir « La Diva »,  Hiver 1935-1936, en « bleu Lanvin »   Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014

Robe du soir « La Diva »,
Hiver 1935-1936, en « bleu Lanvin »
Collection Palais Galliera
© Katerina Jebb, 2014

Les créations de Jeanne Lanvin sont également remarquables par leurs influences. La créatrice hybride les formes et donne à ses tenues une cohérence absolue entre son savoir-faire, son style et ce qu’elle emprunte à ses voyages. D’une grande curiosité, Jeanne Lanvin a puisé dans des inspirations ethniques et exotiques, en insérant par exemple des formes et des motifs chinois, japonais ou turques. A l’époque où les identités nationales se construisent et se renforcent, elle introduit du folklore dans des formes typiquement françaises et crée ainsi une sorte de customisation nationale avec des éléments, qui, à l’origine, ont vocation à différencier les styles. Enfin, elle garde une inspiration fortement médiévale et religieuse et s’inscrit encore dans un courant historiciste et national. Les blasons, les manches « lampions » et les inspirations d’armures sont autant de détails que l’on retrouve dans certaines robes exposées.

Dessin « La Cavallini », 1925 © Patrimoine Lanvin

Dessin « La Cavallini », 1925
© Patrimoine Lanvin

Une femme d’affaire moderne et visionnaire

Au début de l’exposition, vous verrez sur le mur des panneaux qui résument la vie de Jeanne Lanvin. Mais il faut vraiment le tour des salles pour comprendre à quel point cette créatrice était exceptionnelle. A propos des choix de l’exposition, Albert Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin, explique très justement :

« Deux options s’offraient à nous : suivre l’histoire, en faisant une rétrospective très académique avec une succession de dates.

Ou ressentir, aimer, admirer, toucher le cœur des visiteurs avec la beauté de ces vêtements et finir l’exposition comme sur un petit nuage.

Je pense que nous sommes arrivés à faire une exposition autour du rêve de la mode »

Véritable femme d’affaire, Jeanne Lanvin a monté son empire grâce à son influence et sa faculté à capter l’ère du temps. D’abord modiste, Jeanne Lanvin ouvre sa première boutique en 1889 rue Boissy d’Anglas. Sa muse, son unique fille Marguerite, la pousse à créer, à partir de 1908, des vêtements d’enfants qui connaissent un grand succès. Quelques pièces sont présentes dans l’exposition. L’année suivante, elle ouvre un département jeune fille et femme : l’aventure de la « maison de couture » Lanvin est lancée. Elle développe ensuite plusieurs départements comme celui des robes de mariées, de la lingerie, de la fourrure, et dès les années 1920, des départements décoration et sport. Puis, elle s’intéresse à la mode masculine et crée son premier parfum en 1927, Arpège, pour les trente ans de sa fille. L’empire Lanvin est aujourd’hui héritier de cette diversification et de la faculté visionnaire de Jeanne Lanvin qui étend très tôt sa marque et son influence.

Vue de l’exposition © Pierre Antoine

Vue de l’exposition
© Pierre Antoine

Jeanne Lanvin est un modèle et une référence pour les acteurs de l’époque. Ses boutiques ouvrent dans plusieurs villes comme Biarritz, Barcelone mais aussi Buenos Aires. Ses défilés sont très regardés, comme le montre l’extrait vidéo au sein de l’exposition sur la présentation d’une de ses collections en 1927 à Deauville. Lors de la Première Guerre mondiale, elle crée des uniformes style militaire, coupés pour des formes féminines. Jeanne Lanvin révolutionne la mode, tout en étant une femme ancrée dans son siècle. L’exposition montre ainsi quelque unes de ses illustrations dans la gazette Bon Ton en 1920, qui représentent le plus souvent une mère et ses enfants, accompagnés d’une petite légende, comme une maxime morale. Jeanne Lanvin incarne à la fois une grande modernité, mais également un certain classicisme et un profond attachement à l’éducation et à la famille. Elle joue encore un rôle majeur dans l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels en 1925, signe du succès et de l’importance de ses créations à l’époque.

Pour être définitivement convaincus par le génie et l’influence de Jeanne Lanvin, aventurez vous donc jusqu’à cette petite salle, tout au fond. Vous y verrez une robe de la maison Lanvin, et, derrière, un tableau avec une femme de la haute société de l’époque portant cette même robe exposée. L’effet est saisissant.

Une exposition exceptionnelle pour une femme exceptionnelle : à vous d’aller découvrir l’univers passionnant de Jeanne Lanvin.

Marie Simon

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