La beauté froide d’Antigone

Patrick O'Kane (Kreon) and Juliette Binoche (Antigone) in Antigone by Sophokles @ Barbican Theatre, London. Directed by Ivo van Hove.
(Opening 5-03-15)
©Tristram Kenton 02/15
(3 Raveley Street, LONDON NW5 2HX TEL 0207 267 5550  Mob 07973 617 355)email: tristram@tristramkenton.com

L’Antigone d’Ivo van Hove jouée par Juliette Binoche s’installe au Théâtre de la Ville jusqu’au 14 mai. Créé après une commande du Théâtre de la ville de Luxembourg faisant se rencontrer l’envie de Juliette Binoche de jouer Antigone et la volonté de van Hove de monter une tragédie antique, le spectacle est mené par le classique trio formé de van Hove et de ses deux collaborateurs artistiques à la scénographie et à la lumière. Un spectacle esthétiquement superbe mais à la sensibilité vacillante.

(photo: Tristram Kenton)

Avis : 3,5 sur 5 artichauts

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Jan Versweyveld

Après une guerre fratricide, Eteocle et Polynice doivent tous les deux être enterrés. Laissant donc le trône de la ville de Thèbes à leur oncle Créon, ce dernier décide d’inhumer Eteocle avec tous les honneurs, mais de laisser le corps de Polynice au soleil, à la merci des charognards. Antigone, « celle qui dit non » refuse l’idée que son frère puisse pourrir au soleil, alors que l’autre est enterré. Elle choisit donc d’aller contre Créon, et de lui offrir une sépulture, même sommaire, en suivant les rituels d’inhumation. Face à la désobéissance de sa nièce, et voyant qu’elle persiste dans son tort en défendant son acte sans relâche, il décide de l’emmurer vivante alors même qu’elle est la fiancée de son fils, Haimon. Ce dernier met son père en garde, ainsi que Tirésias, mais les deux sont éconduits. Antigone, face à la mort, choisit donc la liberté jusqu’au bout et décide de se pendre. Fou de chagrin, Haimon se tue à ses pieds, et de même pour Eurydice la femme de Créon et mère d’Haimon, qui met fin à sa propre vie en maudissant son mari.

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Après une Mary Stuart qui a fait forte impression lors de son passage éclair à la MAC Créteil à l’occasion du festival Exit, fin mars, Ivo van Hove revient en France avec son Antigone. Antigone est donc le fruit d’un compromis des producteurs du spectacle, qui se compose d’une équipe de comédiens anglais du Barbican Center, et d’un metteur en scène renommé proposé à Binoche après une commande. Le tout fait de ce spectacle une sorte de beauté froide esthétiquement superbe, avec notamment une scénographie intelligemment agencée. Cette scène grisâtre, neutre, en fait une sorte d’espace entre deux âges, avec de nombreux rappels de l’époque contemporaine se superposant à un caractère antique intangible. Le tout donne une sorte de nouvelle dimension où toute notion de temporalité est inapplicable. La création lumière est impeccable et offre des instants quasi-oniriques qui poussent l’idée d’intemporalité, à l’aide de ce grand disque de lumière dévoilé au début du spectacle incluant le spectateur dans cette ambiance hors du temps.

Jan Versweyveld

Jan Versweyveld

En revanche, le spectacle pêche sur la sincérité oscillante du jeu des comédiens, ou plutôt de Juliette Binoche, qui, bien que parfois très juste dans l’émotion et cette révolte constante, prend à certains moments des accents inverses qui cassent la dynamique de la mise en scène. Les autres comédiens ne sont pas tous toujours convaincantes, cela dit, Créon impose par exemple une présence scénique indéniable, et tout à fait intéressante.

Un spectacle à la mise en scène maîtrisée et doté d’une esthétique léchée, mais dont le jeu peine parfois à convaincre.

Bertrand Brie

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