La beauté cristalline d’une année sans été

Cie Louis Brouillard Théatre National de Belgique Théâtre de l'Odéon 2013-2014"Une année sans été" de Catherine Anne mise en scène Joël Pommerat

C’est la première fois que le « créateur de spectacles », Joël Pommerat, met en scène un texte qui n’est pas le sien. Créé en janvier 2014, Une année sans été a repris depuis hier, 20 novembre, au Théâtre Paris-Villette. Cinq jeunes acteurs, tous en école de théâtre, nous offrent un spectacle d’une délicate beauté et émaillé d’une naïveté touchante.

Les plus :
– Une scénographie exceptionnelle. Une fois de plus, le jeu des lumières et des corps fait de chaque moment une œuvre d’art.
– Un texte simple, mais beau et bien écrit.
– De jeunes acteurs qui donnent au verbe une forme de naïveté touchante.

Les moins :
– La musique, si elle est bien choisie, est parfois un peu trop prégnante. Je pense, notamment, à la musique de fond qui reste parfois derrière les mots, alors que ceux-ci seuls suffiraient.
– La naïveté qui se dégage du jeu peut ne pas plaire à certains.

Note : 3,5 artichauts sur 5

Elisabeth Carecchio

Elisabeth Carecchio

Gérard, jeune écrivain, décide de partir de chez son père pour accomplir la vocation qu’il poursuit depuis tant d’années. Il parle de ses envies et de ses questions à une employée de son père, Anna, une jeune allemande qui a décidé de s’enfuir de chez ses parents et de voyager où elle le pourrait. Poussé à partir par cette femme dont il tombe rapidement amoureux, Gérard loue une chambre à Paris dans laquelle il se morfond, alors que la fille de sa propriétaire, Louisette tente de le consoler. Il rencontre enfin Auguste Dupré, écrivain publié, et maître du bon mot, avec lequel il va rapidement devenir ami.

Pommerat en parle comme d’une « pièce de jeunesse ». Tout rejoint effectivement la jeunesse dans ce spectacle d’une délicatesse presque immaculée. L’auteur était jeune au moment de l’écriture, les acteurs sont jeunes, les personnages sont jeunes, et c’est aussi une forme de référence à la jeunesse de Pommerat lui-même. C’est une évocation de cette jeunesse que tous traversent, par laquelle émergent des questions, des envies de voyager, de partir, des questions sur soi-même, sur son identité et ce que l’on vaut. Toutes ces jeunesses sont au moment charnière du passage à l’âge adulte, et renvoient à une sorte d’état universel de questionnement, à une perte des repères que tous atteignent un jour.

Elisabeth Carecchio

Elisabeth Carecchio

La scénographie, menée par le jeu des lumières, nous offre des tableaux absolument superbes, qui accompagnent parfaitement l’innocence touchante de ces cinq acteurs. Cette esthétique travaillée s’accompagne d’un texte ciselé à la phrase près, d’une simplicité étonnante, et à la fois très bien écrit, riche de sens. Il convient parfaitement à l’atmosphère qui se dégage du spectacle entier, et entretient la beauté cristalline de cette année sans été.

Bertrand Brie

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