Klimt et ses copains font les beaux à la Pinacothèque

Gustav Klimt
Judith
1901
Huile sur toile
84 x 42 cm 
© Belvédère, Vienne

« A chaque Epoque son Art. A lart sa liberté. » (1)

 Du 12 février au 21 juin 2015, la Pinacothèque de Paris nous invite dans l’univers de Gustave Klimt et ses copains de la Sécession, facette de l’Art nouveau qui s’est développée à Vienne au début du XXe siècle. Mouvement en rupture totale avec le style académique, souhaitant fédérer toutes les formes d’art, les Sécessionnistes seraient, d’une certaine manière, à Vienne ce que les Impressionnistes sont à Paris. Tu ne découvriras donc pas l’oeuvre de Klimt en tant que tel, mais un mouvement et son ambiance que les nostalgiques des grandes époques d’émulsion artistique ne pourront qu’apprécier.

Les plus :

  • Du très grand Klimt, au sens littéral comme figuré
  • Une belle mise en évidence de la diversité plastique de la Sécession

Les +/-:

  • Un accrochage quelque peu étonnant

Les moins :

  • Des premières et dernières salles sans trop d’intérêt au regard du thème
  • (Mais où est passé Le Baiser ?)

Note: 3,5 artichauts (/5)

Josef Hoffmann (conception) Broche, modèle n° G 367  1905 Argent, or, corail, lapis-lazuli et pierre de lune 5 x 5,1 cm Collection privée  © Galerie bei der Albertina Zetter, Vienne

Josef Hoffmann (conception)
Broche, modèle n° G 367
1905
Argent, or, corail, lapis-lazuli et pierre de lune
5 x 5,1 cm
Collection privée
© Galerie bei der Albertina Zetter, Vienne

La Sécession ? Ce mouvement artistique viennois ne m’évoquait absolument rien, et encore moins le rôle prépondérant qu’y tenait Klimt, que je prenais alors naïvement pour l’un des meilleurs peintres orientalistes. Et pourtant, c’est bel et bien tout le sujet de l’exposition, construite autour de ce thème particulier. Ainsi tout est fait pour appréhender au mieux le mouvement : de ses prémisses à son aboutissement sur l’expressionnisme, du simple rejet de l’académisme à l’ambition d’art total, rien n’est laissé pour compte.

Mais plus qu’une période artistique, la Pinacothèque de Paris fait renaitre Vienne, la Vienne multi-ethnique et multi-religieuse, la Vienne véritable pôle culturel de la Mitteleuropa, la Vienne qui chante, qui danse, qui joue, qui réfléchit, qui crée. A la fin du XIXe – début XXe siècle, cette ville se caractérise par une mosaïque de langues et de traditions diverses assortie d’un contexte économique florissant, le tout constituant un univers propice au développement d’un sursaut de modernité. Impulsé par Klimt, son frère Ernst et une vingtaine d’autres, celui-ci se crée en rupture total avec l’académisme et s’accompagne de toute une réflexion sur l’art comme le résume Hermann Bahr : « Le commerce ou l’art, tel est l’enjeu de notre Sécession. Il ne s’agit pas d’un débat esthétique, mais d’une confrontation entre deux états d’esprit ». Le mouvement, qui depuis 1897 possède son propre lieu d’exposition à savoir le Palais de la Sécession, tente de faire fusionner les arts, de les regrouper en un équilibre parfait, en un art total. Projet ambitieux mais inabouti car utopique.

Gustav Klimt, reproduction frise Beethoven, 1901, copyright: Louise Doublet

Gustav Klimt, reproduction frise Beethoven, 1901, copyright: Louise Doublet

Et c’est en cela toute la difficulté et l’enjeu de cette exposition, de réussir à nous rendre compte de la diversité artistique de ce mouvement. C’est pourquoi tu te sentiras parfois perdu(e) au milieu de salles alliant écrits freudiens, peintures et architecture; ou encore face aux statues de céramique faisant écho, sans trop comprendre pourquoi, aux majestueuses fresques de Klimt.

Au coeur de l’exposition, on trouve les femmes, fatales ou fragiles; elles sont le sujet de prédilection des Sécessionnistes qui, influencés par les écrits freudiens, les représentent sans complexe. Mais la femme qui sort du lot et que tu dévoreras des yeux est bel et bien la sublime Judith qui érige Klimt en grand maitre de la représentation de la femme érotique. Ayant recours aux arts plastiques, notamment avec son utilisation de l’or, il dresse le portrait éminemment moderne d’une femme fatale dont la sensualité est alimentée par le contraste entre la somptueuse décoration dorée et la peau nue. Et c’est cette étonnante modernité qui finalement, plus que l’ancrage sécessionniste, caractérise le mieux l’oeuvre de Klimt.

Gustav Klimt Etude de tête féminine sur fond rouge 1897-1898 Huile sur toile 30 x 19,5 cm © Klimt Foundation, Vienne

Gustav Klimt
Etude de tête féminine sur fond rouge
1897-1898
Huile sur toile
30 x 19,5 cm
© Klimt Foundation, Vienne

Klimt, que tu découvriras, surprend par sa recherche et son produit artistique. Ses majestueuses fresques ne manqueront pas de te rappeler tout le talent des grandes peintures murales égyptiennes, et la Judith une Cléopâtre des temps modernes.

 Alors rien que pour le génie de Klimt on court à la Pinacothèque, quitte à passer assez vite sur les premières et dernières salles.

 Louise Doublet

(1) Devise de la Sécession, lisible sur le fronton du Palais de la Sécession, Vienne, 1897

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